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“Des livres et vous”, un magazine littéraire de Laurent Bourdelas

Le temps de lire : “Des livres et vous”. Retrouvez chaque mois à l’antenne de RCF Limousin notre camarade Laurent Bourdelas, pour de nouveaux conseils de lectures, et une rencontre avec un écrivain. Passionné de littérature, il partage avec enthousiasme ses découvertes, ses coups de cœur, au fil de rencontres. Rendez-vous un mardi par mois à 11 heures pour cette émission originale.

 

Laurent BourdelasLaurent, pouvez-vous nous parler de cette nouvelle émission littéraire ?

J’ai commencé à faire de la radio alors que j’étais en classes préparatoires littéraires au lycée Gay-Lussac.

J’ai travaillé sur différents médias, en particulier RCF Limousin et France Bleu Limousin, pour des chroniques et des émissions consacrées à l’histoire, la culture et la littérature. Mon objectif premier est de faire partager ces passions et mes coups de cœur aux auditeurs: des spectacles, des évènements et surtout des livres (fiction, poésie, histoire…) – aussi bien d’écrivains nationaux et reconnus que d’auteurs écrivant en région.

Comme je pratique cet exercice depuis près d’une quarantaine d’années, j’ai la chance d’entretenir des liens avec la plupart des éditeurs et des milieux culturels, ce qui me permet de considérablement enrichir mes programmes.

Mon nouveau magazine a pour titre “Des livres et vous” car je suis persuadé depuis toujours que la lecture est une émancipation, peut-être la principale.

 

Retour sur les dernières émissions…

MARDI 15 DÉCEMBRE – Des livres et vous avec Stéphane Fradet-Pulzan

MARDI 17 NOVEMBRE – Des livres et vous avec Martial Andrieu

MARDI 20 OCTOBRE – Des livres et vous avec Paul Greveillac

Intéressés par la culture ? Suivez dans le Mag, au fil du temps, les actus des Anciens de Gay-Lu au fil des publications, sorties… dans la rubrique “En librairie”, mais aussi au cinéma, sur les ondes… et plus si affinité !

 

Pierre Loti, une intimité voyageuse au temps du confinement

Il faudra patienter jusqu’en 2023 pour explorer de nouveau sa demeure charentaise, antre d’une fascination orientale et d’une enfance heureuse, galerie d’une vie peuplée par l’appel de la mer et l’ardeur du souvenir. Le confinement ne nous permettant pas pour l’heure d’approcher les murs blancs du musée rochefortais, Romain Artiguebère nous livre son regard sur une face méconnue de l’œuvre de Loti.

 

Pierre Loti – Source Selvejp pour WikimediaCommons

Né il y a 170 ans au cœur du Saintongeais, le marin-écrivain a légué aux curieux une double autofiction, source d’inspiration à l’heure des réclusions forcées. Homme de l’Atlantique, bercé par les délices du pays basque et l’insularité nostalgique de sa chère Oléron, Julien Viaud est aussi le conteur d’un Orient fascinant. Derrière le spahi de Saint-Louis et le fantôme d’Aziyadé se tient toute la fragilité poétique d’un conquérant subtil, animé par un esprit voyageur que nous lui connaissions mais aussi attaché à une terre des origines qu’il sanctifie et muséifie à l’envi. Sous la vareuse trempée du révéré Borda sommeille en fait un pieux conservateur, gardien du royaume juvénile et du fortin des Viaud. Çà et là, aux abords d’une Charente immuable et discrète, qui coule sur son fief comme une artère vitale, il enchâsse un reliquaire d’objets, de sons et de pensées pour nourrir le décor de ses cahiers précoces. Dans Le Roman d’un enfant et Prime Jeunesse, respectivement publiés en 1890 et 1919, Julien Viaud donne à découvrir un pays : son passé. Galerie de souvenirs prolongés, antre des sensations, des chimères perpétuées. L’explorateur ardent, lauréat du prix Vitet à seulement 36 ans, dévoile ainsi toute sa fragilité mélancolique, alliage de réminiscences naïves et d’impressionnisme littéraire. En goutant à cette prose traversée par le regret des temps anciens, c’est bien à Marcel Proust – initié par sa mère aux écrits de Loti – que nous songeons sans nous fourvoyer. Le papillon citron-aurore, fil rouge des commémorations immatérielles, fait donc écho à la madeleine de tante Léonie, à cette conscience affective entrée dans la postérité des mots. L’ambivalence du rapport à la demeure, aux terres familières peuplées de souvenirs et d’odeurs, élève ce testament lettré en écrit inspirant à l’heure du confinement.

Son propre nom est un jeu sonore qui invite à saisir l’ardeur voyageuse du marmot de Rochefort. Loti, dont le patronyme allégorique est déjà en lui-même un appel au départ (il est emprunté à la langue polynésienne), semble aujourd’hui réduit à l’exotisme flamboyant de ses desseins d’enfant. A son évocation, nous songeons naturellement aux clichés délirants d’un zélé du grimage, élégamment drapé dans de longues toiles d’Orient, vêtu en Albanais ou surmonté d’un fez. De Dakar à Kyushu sans ignorer Stamboul et les îles tahitiennes de la reine Pomaré, le père d’Aziyadé narre jusqu’aux jouissances intimes des exils temporaires. Dans un style élégant, dont le raffinement ne fut que tardivement reconnu par les gardiens de notre Académie (il y fut admis en 1891 et apprit la nouvelle à bord d’un navire mouillant dans la rade algéroise), l’écrivain charentais a légué des portraits qu’une grappe de censeurs conspue aujourd’hui en dénonçant le racialisme ambiant d’un siècle finissant. C’est là un misérable procès par contumace, une sournoiserie dont les esprits étriqués cultivent le piquant et qu’il convient dès lors d’ignorer. Car derrière les déguisements fastueux et souvent truculents d’un Loti amateur de parures, sommeille chez cet auteur aujourd’hui méconnu la beauté contrariée de la mélancolie et les embruns subtils d’une vie intérieure enfouie sous l’apparat festif du voyageur. Viaud prétend figer sur le papier “la vétusté des choses, vague conception des durées antérieures » à lui-même et sa « mélancolie rêveuse en présence des vieux murs, des choses anciennes et du vieux temps”. On aurait donc tort de le restreindre à un primitivisme littéraire, à des quêtes foisonnantes ou à une simple frénésie de l’excursion. Si l’exploration est évidemment pour lui une aspiration, un appel transcendant aux allures de vocation, elle est aussi un déchirement tant la terre familiale revêt chez Julien Viaud une dimension charnelle et mémorielle. C’est précisément ce rapport ambivalent à une intimité enfantine aussi douce qu’oppressante que Loti donne à lire au fil des pages.

C’est à ce nouveau confinement que je dois la découverte du Roman d’un enfant, autofiction savoureuse dont je ne soupçonnais ni la volupté stylistique ni la résonance avec notre actuelle condition.

Pierre Loti chez lui dans sa pagode par Dornac. Salle dite “La Pagode japonaise”. Source WikimediaCommons

Nous le savons, la lecture est bien souvent affaire de rencontres. Sans le rassemblement fortuit des conditions indispensables à sa fertilité, point de plaisir ou de compréhension. C’est donc à ce nouveau confinement que je dois la découverte du Roman d’un enfant, autofiction savoureuse dont je ne soupçonnais ni la volupté stylistique ni la résonance avec notre actuelle condition. L’œuvre est traversée par une attention appuyée aux vétilles du quotidien, que la mémoire polit, rassemble et magnifie. Armé d’une insolente sensibilité, Loti brave dès l’enfance le couperet de l’oubli. Devant l’inanité de ses repos dominicaux et la torpeur des ruptures vacancières, il dresse ainsi la plume et saisit ce qu’il nomme les “arrêts de la vie”. Ces instants sont pour lui des temps morts féconds, où il perçoit déjà la “notion infuse de la brièveté des étés, de leur fuite rapide, et de l’impassible éternité des soleils”.

S’il est admis par beaucoup que la littérature libère en tant qu’elle brise la réclusion, le récit de l’intimité lotienne est d’autant plus fondamental qu’il porte en lui les germes de la vocation navale de l’écrivain tout en exaltant le regret des fiefs abandonnés. Cette œuvre, qui perça pourtant peu dans la bibliographie iodée de l’écrivain, est donc celle du tiraillement, le port d’attache de la Limoise et le souvenir d’Oléron concurrençant constamment l’attrait de l’inconnu et des rivages inexplorés.

Le Roman d’un enfant symbolise la fragilité poétique de la Mémoire, le souffle d’un souvenir à la fois guide et miroir. Ne dit-on pas d’ailleurs que la propre mère de Marcel Proust lisait à son cher fils quelques pages de Loti ? Dans un exigeant travail réalisé en 1959 pour l’Association internationale des études françaises, Pierre Costil a mis en lumière cette parenté dont il situe l’acmé entre 1887 et 1890. L’auteur de la Recherche aurait été touché par la “méthode de reconstitution” de son inspirateur saintongeais, mentor inavoué lui-même hostile au travers de l’autobiographie. Loti évoque plus volontiers des “jets de clarté brusques”, couchés sur le papier comme une gouache encore fraiche. Le jeune Julien goûte ainsi à l’appel des marins comme pliant face au chant des sirènes d’une odyssée brimée. Cette ambivalence est aussi celle du confiné, porté à une introspection vertigineuse et à un goût d’ailleurs provisoirement contraint. Loti a poussé la création à son paroxysme en élevant son enfance molletonnée en épopée grandiose.

Façade voisine de la Maison de Pierre Loti, au 137 rue Pierre Loti à Rochefort (17) – Auteur Serge Lacotte via WikimediaCommons

Car Julien Viaud est un joueur jonglant avec son patronyme comme il le fait avec sa propre création. Il entremêle ainsi la transcription fidèle de ses pensées, lesquelles émanent d’un vieux Cahier intime partiellement exhumé dans Prime Jeunesse, et l’art d’un déguisement toponymique aux allures de fantaisie. Derrière ce Fontbruant absent des planisphères se cache ainsi le vrai village de Saint-Porchaire et la verdeur des chênes de Rochecourbon. Dans la même veine créatrice, il convient de noter que nombre de personnages sont identifiés dans le Roman au moyen de prénoms fictifs alors qu’ils retrouvent, dans la seconde partie de cette autofiction, leur franche identité. Lalie est ainsi abolie pour mieux rétablir la figure de tante Berthe. Tout agit comme un jeu de glace, où la souffrance de la mélancolie semble atténuée par l’inventivité d’un enfant créateur. Sans jamais tomber dans l’hétéronomie maladive d’un Pessoa frôlant souvent avec la dépersonnalisation créatrice et la schizophrénie littéraire, Loti entremêle donc à dessein l’identité heureuse du Protestant rochefortais, l’irrépressible envie d’ailleurs et la candeur d’un enfant soumis au dilemme de sa propre sensibilité.

Bien sûr, la richesse de Prime Jeunesse tient aussi et surtout dans le caractère initiatique du récit. C’est sur la terre des origines que Loti goûte pour la première fois aux plaisirs de la chair, la belle gitane dont il s’éprend à l’orée de son exil brestois incarnant à ses dépens la passion des contrées inconnues et des peuples encore inabordés.

Si cette œuvre est parfois réduite à l’expression d’irrémédiables contrastes, Loti opposant lui-même la blancheur lumineuse du Saintongeais à la frénésie colorée des voyages, on aurait tort d’extrapoler la moindre cassure biographique. L’auteur, qui a complété Le Roman d’un enfant à la fin de sa vie en lui adjoignant Prime Jeunesse, établit en réalité un pont entre ses expériences. Il avoue ainsi sans ambages qu’il aurait été probablement “moins impressionné par la fantasmagorie changeante du monde s’il n’avait commencé l’étape dans un milieu presque incolore, dans le coin le plus tranquille de la plus ordinaire des petites villes”, bornant ses plus grands voyages aux bois de la Limoise qui lui semblaient “profonds comme les forêts primitives”.

Ce récit de l’enfance a donc les traits d’une confession marquée par une grande continuité. Loti ne renie rien, bien au contraire. C’est cette absence de cassure qui fait la richesse du texte et son ambivalence. Celui-ci est à la fois la rétrospective mature des prémices de la vie et le tableau naïf des jeunes années de Viaud.

La tendre autofiction des étés saintongeais, sise au seuil d’une émancipation marine déjà érodée par la soif du retour, a beaucoup à nous dire d’un écrivain gommé par certains de ses pairs et soufflé par le Temps, suprême autorité qui révère pompeusement ou délaisse à jamais. On dit ainsi de Proust qu’il n’aurait jamais reconnu l’influence de Loti sur sa plume prolifique, plus volontiers portée par l’influence grandiose de Saint-Simon, de Gérard de Nerval et de Chateaubriand. Le Roman d’un enfant témoigne pourtant des prouesses d’un capteur de souvenirs, dont le Fontbruant remémoré n’a pas à rougir devant la noblesse de Combray. Henri Juin nous a légués une formule de bon aloi : Loti est “goinfre et gouffre”, assoiffé d’ailleurs et pourtant aspiré par l’intériorité du souvenir. Curieux écho à notre condition précaire de reclus malgré nous.

L’enfance est une valeur perdue, un terrain abandonné dont la richesse conditionne pourtant les quêtes ardues. C’est sans doute Georges Bernanos qui, sous la lune d’un Palma rougi par la guerre d’Espagne, a écrit les plus belles lignes à son propos : “On ne parle pas au nom de l’enfance, il faudrait parler son langage. Et c’est ce langage oublié ; ce langage que je recherche de livre en livre, comme si un tel langage pouvait s’écrire, s’était jamais écrit. N’importe ! Il m’arrive parfois d’en retrouver quelque accent…et c’est cela qui vous fait prêter l’oreille”. Loti aussi a réussi ce pari audacieux : faire parler l’enfance.

“Dédale”, un recueil de nouvelles d’Éva Barrière

Native de Limoges, ancienne élève du Lycée Gay-Lussac, Éva Barrière publie son premier livre “Dédale” aux éditions Lysbleu. Ce recueil de nouvelles est le résultat d’une aventure remontant à l’adolescence.

 

Dédale de Eva BarrièreAu travers de ces sept nouvelles, l’auteure vous invite à pénétrer dans ce dédale contemporain et à suivre différents chemins de vie.

La vie, cet ingénieux labyrinthe, ne propose qu’une seule porte d’entrée et de multiples couloirs dans lesquels l’on peut se perdre ou se trouver. Les personnages de ces histoires, Virginie, Nora, Napoléon… ne sortiront pas indemnes de ces voyages, de ces parcours de vie qui vous modifient irrémédiablement.

 

“Dédale”, d’Éva Barrière, éditions Le Lys Bleu. Parution Mars 2020.
Livre broché, 136 pages. Format 19cmx12cm. ISBN 103770813X. Prix de vente conseillé  13,50 €

 

Native de Limoges, Éva Barrière y a suivi toute sa scolarité, au collège Maupassant puis au Lycée Gay-Lussac, avant de poursuivre ses études à la Faculté de Lettres de Vanteaux. Elle est aujourd’hui enseignante dans la Drôme. L’écriture a toujours été pour elle une évidence. Éva Barrière garde des attaches familiales à Limoges.

 

“L’intime en question aujourd’hui” un essai de Gérard Peylet

Notre camarade, Gérard Peylet livre un nouvel essai “L’intime en question aujourd’hui”. Après sont précédent ouvrage sur l’éducation, il est ici question de l’intime.

Gérard Peylet, L'intime en question aujourd'huiL’intime est une dimension importante de la vie humaine. Quelles seraient les conséquences de sa disparition? En ces temps de crise sanitaire, la question devient encore plus aiguë.

L’intime est une catégorie de pensée difficile à cerner. C’est ce qui est « plus intérieur à moi que ce que j’ai de plus intérieur », selon la définition qu’en donne Augustin dans ses Confessions. L’intime peut être à la fois le plus essentiel et le plus secret, se dérobant aux autres , et aussi ce qui nous associe le plus profondément à l’Autre et porte au partage avec lui.

Aujourd’hui, l’intime se trouve au centre d’une contradiction. Incontestablement il est lié à la modernité et cependant le monde actuel est une menace pour l’intime alors que jamais il n’a été, à l’heure de la mondialisation, aussi nécessaire . L’expérience de l’intime passe par la sensibilité pour accéder à des réalités profondes auxquelles la raison cartésienne ne peut avoir accès, à une part obscure et profonde de nous-même qui reste invisible, car elle est de l’ordre du mystère, du non savoir. C’est une autre forme de connaissance -non reconnue par les scientifiques- qui ne peut passer que par l’expérience subjective.

“L’intime en question aujourd’hui”, Gérard Peylet, Edilivre, Juin 2020
ISBN 978 241 446 4227 – Prix conseillé : 9,50 €

 

Gérard PeyletGérard Peylet est Professeur émérite de littérature moderne et contemporaine à l’Université de Bordeaux Montaigne. Gérard Peylet est impliqué dans différentes associations,  président de l’ARDUA (Association Régionale des diplômés d’Aquitaine) qui remet chaque année son grand Prix littéraire dans les salons de la mairie de Bordeaux, président de l’ARAL Association régionale des amis du Limousin et membre actif du conseil d’administration de l’association des Anciens de Gay-Lu .

Pierre Bergounioux, aux Cahiers de l’Herne

Une vue d’ensemble de l’oeuvre de Pierre Bergounioux, cet ancien du Lycée Gay-Lussac, remarquable par ses objets, son style ou encore ses points de vue. Ce volume rassemble notamment, des entretiens, divers textes de l’auteur abordant sa vie personnelle ou consacrés à des figures littéraires telles que Saint-Simon, Rousseau, Michelet, Proust ou Flaubert ainsi que des inédits.

 

Pierre Bergounioux vous présente un livre qui lui est consacré aux Cahiers de l’Herne, au travers d’une interview réalisée par la Librairie Mollat de Bordeaux :

Cahier dirigé par Jean-Paul Michel.

L'Herne, BergouniouxL’oeuvre de Pierre Bergounioux est des plus singulières. Par ses objets, sa manière, sa langue, les vues que l’auteur s’emploie à soutenir avec énergie, le ton qui sont les siens. Pierre Bergounioux s’est voulu le témoin de la mutation qui vit, en moins d’un demi-siècle, les campagnes de l’Europe occidentale se vider de leur population. Un témoin non moins attentif qu’impliqué. Son oeuvre entretisse à petits points les fils de la découverte des mondes proches, du soi, des mondes extérieurs successifs à quoi contraint le passage du temps, la ruée des bouleversements technologiques,…
Ce volume, riche de nombreuses contributions de l’auteur touchant le chemin des grandes rencontres littéraires, mais aussi les grands événements de sa vie personnelle, assemble un faisceau de lectures sensibles, probes, d’auteurs contemporains disant la surprise, le sérieux, l’éclat, la portée d’une oeuvre tissée de tant de fils, parmi lesquels : Gabriel Bergounioux, Michael Bishop, Michael Brophy, Serge Canadas, Dominique Charnay, Eric Dazzan, Laurent Demanze, Jean-Paul Goux, Karim Haouadeg, Marie-Hélène Lafon, Yves Leclair, Pierre Michon, Jacques Réda, John Taylor.

 

“Bergounioux” – Cahiers de l’Herne n° 127 – Octobre 2019 – Prix de vente conseillé 33 €
ISBN : 979-10-319-0249-4 – Broché 288 pages – Format 27x21cm

Meurtre à Montaigne, un roman d’Estelle Monbrun

Après avoir côtoyé de près et avec succès Marcel Proust, Marguerite Yourcenar, Colette et Pablo Neruda, Estelle Monbrun (nom de plume de l’une de nos camarades, ancienne de Gay-Lu plus connue sous le nom d’Élyane Dezon-Jones, mais chut !), spécialiste reconnue dans le monde entier de l’oeuvre de Proust et de Yourcenar, poursuit ses “meurtres” en nous offrant un nouveau polar à la saveur inoubliable. Préparez-vous à redécouvrir Montaigne !

 

Parodier l’écriture érudite est le plus périlleux des exercices de style

Meutre à MontaigneUn rapide pincement des lèvres rouge vif aurait indiqué à une personne moins naïve que Mary que sa présence n’était pas vraiment souhaitée. Mais sa proposition fut acceptée, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses études à l’École des beaux-arts et habitait à la Cité universitaire. Après deux bises à la française, que les Américains appellent air kisses et qui n’engagent à rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch après lui avoir fait un petit signe faussement désinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant à une adresse cryptée­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. »

Avec Meurtre chez tante Léonie, Estelle Monbrun a inauguré la collection « ­Chemins Nocturnes­ » aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres » suivront. On la compare souvent à David Lodge et à Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des références sarcastiques sur le milieu universitaire, représenté avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de théâtre. » René de Ceccatty, Le Monde.

Vous voilà prévenus.

 

Meurtre à Montaigne – Editions Viviane Hardy, Collection Chemins Nocturnes – Mars 2019
Broché – 13,2 x 2 x 21,1 cm – ISBN : 9791097417277 – 224 p. – Prix : 19€

 

Estelle MonbrunAncienne élève du lycée Léonard Limosin et diplômée d’un doctorat de lettres obtenu à Paris, Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne émérite) s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux États-Unis, à New-York puis à Saint-Louis. Elle s’avère être une spécialiste reconnue dans le monde entier de l’œuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. Parallèlement à son métier d’enseignante, Estelle Monbrun écrit des polars publiés par les Éditions Viviane Hamy. Ses écrits mêlent fraîcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littéraire, et profondeur, par la qualité documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.

 

Littérature et Documents : les Lauréats du Prix ARAL 2019

Chaque année, l’ARAL, Association Régionale des Amis du Limousin, récompense les auteurs d’ouvrages mettant en valeur l’identité de la région, ses qualités, les richesses de son patrimoine. Pour l’édition 2019, deux de nos camarades, Anciens de Gay-Lu, sont récompensés : Pascal Plas et Fabrice Variéras.

 

L’Association Régionale des Amis du Limousin

ARALL’ARAL (Association Régionale des Amis du Limousin) a été fondée en juin 2015. Elle a pour but d’intervenir dans la vie culturelle régionale en mettant en valeur les richesses du patrimoine et l’identité de la région Limousin.

Elle repose sur trois manifestations différentes:

  • Un cycle de conférences au rythme d’une conférence tous les deux mois qui explore toutes les facettes de l’identité du Limousin
  • L’organisation de deux Journées itinérantes “Paysage et Patrimoine” au Printemps et à l’Automne
  • La remise d’un Prix ARAL.

Plus d’informations sur l’ARAL

 

Le Prix ARAL

Ce prix ARAL sera remis pour la troisième fois le 4 mars 2019 à la Bfm, à 17h. Il se divise en deux catégories : un Prix littéraire et en un Prix documentaire. Pour organiser ce Prix, l’association a bénéficié du soutien de la Bfm (Espace patrimoine) et de l’ALCA (ancien CRL).

Le prix ARAL récompense l’auteur d’un livre qui met en valeur l’identité de la région, ses qualités, les richesses de son patrimoine. La publication doit être récente (sur une période d’un an, de la fin octobre au 1er novembre de l’année suivante).

Le jury de l’ARAL s’est réuni le jeudi 24 janvier pour choisir les deux Prix ARAL 2019 à partir des ouvrages présélectionnés dans chacune des deux catégories. Comme l’an dernier, il a retenu des ouvrages qui avaient un lien profond avec le Limousin et faisaient preuve d’une qualité d’écriture.

Devant la richesse et la diversité des livres retenus pour le Prix Document le jury a divisé exceptionnellement le Prix Document 2019 en un Prix Limousin et un Prix Limoges.

Ce jury a attribué :

  • le Prix documentaire Limousin à Fabrice Varieras et Lionel Londeix pour leur livre Limousin (éditeur La Geste).
    Ce beau livre d’art a la volonté de célébrer un territoire. Le magnifique travail du photographe fait sentir ce qui à leur insu attache souvent les limousins de coeur à cette terre, qui leur fait sentir comment ils savent qu’ils appartiennent tout entier à ce pays. Ce livre n’est pas un catalogue, ni un guide touristique. Son traitement du sujet Limousin est original, puisque loin de tout cliché qui viserait le pittoresque facile ou le sensationnel, il nous propose une exploration intime et poétique de ce territoire que nous aimons. Pour cela, il cherche à capter, dans un lieu, comme le poète, “l’instant poétique”.
  • le Prix documentaire Limoges à Pascal Plas pour son livre Roger Gonthier, un architecte singulier (éditeur Le Puy Fraud).
    Roger Gonthier, un architecte singulierLe jury récompense un très bon livre qui manquait sur l’architecte Roger Gonthier qui a largement façonné la ville dans l’entre-deux guerres. L’ouvrage est très technique, très instructif, très documenté. Petite réserve discutable d’ailleurs puisque le but recherché est l’objectivité: l’historien Pascal Plas a choisi la rigueur scientifique, il a d’abord fait un travail de collecte remarquable. Il faut souligner la qualité de la documentation et sa réalisation graphique, la rigueur de la présentation, du plan, la précision de la narration et la précision exigeante dans la description des projets. Dans un style qui demeure de bout en bout objectif, il rend bien compte de l’ampleur et de la diversité des travaux de Gonthier, de leur nouveauté aussi.
  • le Prix Littérature à Jean-Marie Borzeix pour son roman L’homme qui aimait les arbres (éditeur Bleu autour).
    Il s’agit d’un récit autobiographique original, très émouvant, bouleversant même, qui pourrait s’intituler Le Livre de mon père. Le déversement de ses moindres états d’âme, la complaisance autobiographique sont à la mode aujourd’hui, mais tel n’est pas du tout le cas ici. L’auteur y parle avec pudeur, tendresse et gravité de son père, qui va mourir dans une maison de retraite et auquel il rend visite tout en essayant d’analyser et repenser (douloureusement mais pieusement) la relation filiale. Ce livre du Père constitue un magnifique adieu, d’autant plus touchant , qu’à partir de de ce point nodal final, l’auteur nous livre le récit d’une vie sans jamais abandonner la retenue et une pudeur extrême.

La déclaration et la remise des Prix auront lieu à la Bfm de Limoges, au pôle Patrimoine, le 4 mars 2019 à 17h, en présence de Monsieur Philippe Pauliat-Defaye, des auteurs, des éditeurs et de plusieurs personnalités. La cérémonie se clôturera par un verre de l’amitié offert par la Ville de Limoges.

Composition du jury 2019 :

  • Nicole Ferrier- Caverivière
  • Elisabeth Maciejowski
  • Thierry Ozwald
  • Rachel Lencroz
  • Sophie Leonard
  • Gabrielle Goulet
  • Françoise Lassoujade
  • Olivier Morand
  • Gérard Peylet

Toutes nos félicitations aux heureux lauréats.

 

Logotype des anciens du lycée gay-lussac de limogesChaque année, de nombreux camarades, Anciens du Lycée Gay-Lussac, publient des ouvrages sur de nombreux sujets. Vous pouvez retrouver régulièrement des articles les mettant en avant sur le Mag en ligne de l’association. Vous êtes un Ancien de Gay-Lu, vous avez récemment publié un livre, enregistré un album, réalisé un documentaire ou un film ? Faites-le nous savoir, nous nous en ferons le relais auprès des Anciens de Gay-Lu !!

 

“Joseph Rouffanche, une grande voix poétique” par Gérard Peylet

Notre camarade, Gérard Peylet, rend un hommage sensible à Joseph Rouffanche, grand poète limousin et ancien du lycée Gay-Lussac, au travers d’un essai paru aux éditions PULIM.

 

Joseph RouffancheJoseph Rouffanche, grand poète lyrique, discret et exigeant, a vécu en Limousin, loin de Paris, de ses modes et de ses snobismes. Il n’a pas connu la renommée nationale que son oeuvre méritait de rencontrer. Sa poésie n’existerait pourtant pas sans le Limousin, terre inspiratrice et fondatrice de l’écriture.
Il ne s’agit pas pour autant d’une oeuvre régionaliste. Elle nous plonge dans une méditation plus large sur l’être, la mémoire, le temps. C’est cette écriture moderne, épurée, universelle, ainsi que son étonnante évolution vers la forme brève – presque le haïku – que nous voulons faire connaître.

“Joseph Rouffanche, une grande voix poétique” – Editions PULIM Presses Universitaires de Limoges – Janvier 2019 – Livre broché, 124 pages. ISBN 978-2-84287-794-1. Prix conseillé 15 €.

 

Gérard PeyletGérard Peylet est professeur de littérature moderne et contemporaine à l’université de Bordeaux III, spécialiste de la littérature « fin de siècle » à laquelle il a consacré différents ouvrages. Il a écrit aussi un ouvrage sur George Sand Le Musée imaginaire de George Sand publié chez Nizet en 2005. Il a dirigé une vingtaine d’ouvrages collectifs et dirige depuis 1998 le Lapril (Laboratoire Pluridisciplinaire de Recherches sur l’Imaginaire appliquées à la Littérature) et, au sein des P.U.B, les collections Eidôlon et Imaginaires et Ecritures. Gérard Peylet est impliqué dans différentes associations, Les Anciens de Gay-Lu bien sûr, ainsi que l’ARAL Association régionale des amis du Limousin.

“Le Grand Dictionnaire du Limousin” par Laurent Bourdelas

C’est un dictionnaire sentimental du Limousin que propose notre camarade Laurent Bourdelas, historien et écrivain.

Le Grand Dictionnaire du Limousin - Geste EditionsUn ouvrage d’autant plus nécessaire que la région a été, par un trait de plume que beaucoup ont trouvé bien rapide, absorbée par La Nouvelle-Aquitaine. Ce beau livre illustré prouve que le pays qui regroupe la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne est doté d’une forte et ancienne identité, construite au fil des siècles, par ceux qui y vivaient comme par ceux qui sont venus s’y installer, nourrie d’histoire, de culture et de nombreuses activités économiques. Si certains ont parfois remarqué des « archaïsmes » en Limousin, l’auteur préfère s’attacher à évoquer des traditions, sans oublier toutefois que nombreuses ont, aussi, été les innovations qui ont fait entrer la région dans la modernité et l’y maintiennent.

Au gré des diverses entrées, des articles agréablement écrits, Laurent Bourdelas – qui n’évite pas toujours la polémique – nous brosse le tableau d’un Limousin où il fait bon vivre, entre villes à taille humaine et campagne magnifique, montagnes et plaines, étangs et rivières, bonnes tables et terrains de sport, musées et entreprises dynamiques …

Le Grand Dictionnaire du Limousin – Laurent Bourdelas – Editeur : Geste Editions – 2018 – 24 x 32 cm – 160 pages – ISBN: 9782367469560 – 29,90 €

 

Laurent BourdelasLaurent Bourdelas, écrivain, fait partie des Anciens de Gay-Lu. Impliqué dans l’association, il est notamment à l’origine de la création des Rencontres de Gay-Lussac.

 

Anciennes et anciens de Gay-Lu, vous avez vous aussi récemment publié un livre, réalisé un film ou même enregistré un album ? Faites-le nous savoir afin que nous puissions relayer l’information sur le Mag !

Apologie d’une création destructrice

Article rédigé par Romain Artiguebère, nouveau contributeur au Mag des Anciens de Gay-Lu, à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Alain Robbe-Grillet, disparu le 18 février 2008.

Qu’aurait-il pensé d’un panégyrique ? La question me taraude. Quelle distinction posthume peut-on décerner à un révolutionnaire de la prose ? L’interrogation demeure insoluble. Alain Robbe-Grillet a cassé l’image d’Epinal du vieux roman balzacien, rejetant les carcans formels et s’évertuant à écrire autrement. Le personnage ? La trame ? Le sens de l’intrigue ? Fioritures ! Considérations abrutissantes ! Poussières trop souvent érigées en totems ! L’académicien inabouti, décédé avant son intronisation sous la Coupole du Collège de France, a rayé les instructions des pères fondateurs et valorisé une évidence trop longtemps reléguée au rang de futilité : l’écrit est une réalité pour elle-même.

Il est difficile de rendre hommage à un sapeur de traditions. Je ne sais pas vraiment comment on fait l’éloge d’un destructeur de règles établies par les plus grands génies de la Littérature. J’entends Robbe-Grillet pester contre mon texte, quintessence du conventionnel, condensé de principes obsolètes. Pour contrer la critique tout en satisfaisant le lecteur désireux d’en savoir davantage sur l’inspirateur du Nouveau Roman, je procèderai en deux temps. Je me soumettrai d’abord au formalisme ambiant pour dessiner les contours d’une œuvre aujourd’hui oubliée. Le subversif a lui aussi besoin d’un éloge appuyé. Je m’engagerai enfin dans une audacieuse entreprise d’exhumation, en déterrant un style enfoui sous la médiocrité d’une littérature devenue simple objet de consommation.

Découvrir les créations d’Alain Robbe-Grillet, c’est pénétrer dans un univers qu’il faut savoir appréhender. C’est accepter d’oublier les prérequis subrepticement imposés par la doxa des mots. C’est tenter d’abandonner les jugements de valeur hérités d’un conditionnement qui rend toute contestation des formes jusque-là établies résolument absurde. Si le sujet de ce papier a toujours refusé de considérer le Nouveau Roman comme une école de pensée ou une théorie réifiée, il n’a jamais caché vouloir établir des « formes romanesques, capables d’exprimer de nouvelles relations entre l’homme et le monde ». L’œuvre est première pour ARG, « seule expression possible [du] projet » de l’auteur. J’ajouterai que le Nouveau Roman est comme une destruction travaillée, une abolition anticipée, un soulèvement dûment réfléchi. Robbe-Grillet a contesté pour bâtir la littérature de son époque et mis en perspective –au travers d’une série d’articles publiés entre 1953 et 1963- ses assauts contre les gardiens d’un temple stylistique à dépoussiérer d’urgence. Cette ambitieuse entreprise de renouvellement initiée dans les années 1950 a donné corps à un courant méconnu, balayé par la soif «d’histoires bien ficelées ». Le Nouveau Roman est comme une mine de diamants laissés bruts à dessein. Dans cette métaphore, Zola, Gide ou La Fayette ne seraient que de vulgaires joailliers destinés à magnifier un trésor utilisé comme simple moyen. Les bijoux de la plume révolutionnaire ne sont pas plus travaillés que les matières premières émergeant des entrailles de la terre. Ils sont pour eux-mêmes avant d’avoir à servir à quelque chose. Le mot doit cesser d’être ce « piège où l’écrivain enfermerait l’univers pour le livrer à la société ».

Alain Robbe Grillet parmi les auteurs du Nouveau Roman

ARG libère par l’enfermement. Bien qu’enserrés dans le boulevard circulaire de la ville fictive des Gommes ou murés dans la cité fantôme du roman éponyme, nous prenons conscience d’une réalité : les carcans d’hier emprisonnent davantage que les subtils stratagèmes du Nouveau Roman.

J’ai souvent cherché à expliquer, à combler les interrogations d’un lecteur conditionné par l’épure formelle dont il est résolument esclave. J’ai fini par comprendre qu’on ne peut juger le Nouveau Roman à l’aune de préconçus balayés par ce courant littéraire tout à la fois rafraichissant et déstabilisant. Prenez Topologie d’une cité fantôme et vous comprendrez ce que voyager sans boussole veut dire. Nul ne peut faire le procès de Robbe-Grillet avec les concepts qu’il prétend abolir. Les codes inhérents au canevas balzacien ne sont pas des dispositions suprêmes gardées par l’autorité morale qu’incarnerait l’Académie. Un fervent républicain peut-il voir son opinion légalement acceptée dans une monarchie de droit divin ? Le crime de lèse-majesté serait pour l’expression de sa pensée une disposition castratrice, obligeant de facto l’individu à sortir du cadre institutionnel pour laisser le lecteur apprécier ses propositions. Il en est de même pour Alain Robbe-Grillet, constamment attaqué par les cerbères de la vieille Académie. Le Nouveau Roman se goûte comme un met venu d’ailleurs, inconnu de notre palais trop longtemps parasité par une forme d’assuétude. Sa critique est une analyse débarrassée des a priori forgés par cette habitude érigée en maître intouchable. ARG construit la discontinuité comme le Nouveau Roman fomente les assauts d’une plume soucieuse de réorganiser l’écrit. Topologie d’une cité fantôme demeure à mes yeux la quintessence du tsunami créatif déferlant sur ce qu’il nomme les « vieux mythes de la ’’profondeur’’ ». Tous les repères chers au lecteur sont dynamités pour laisser place à l’œuvre brute, sans signification ostentatoire ni délimitation palpable. L’analyse de Sylviane Schwer est à cet égard tout à fait passionnante. Pour la mathématicienne, spécialiste de la représentation et du traitement du temps linguistique, « [il y a dans cette œuvre] une recherche systématique d’abolition de toute causalité par le moyen le plus immédiat, l’abolition de toute temporalité, en tant que structure ordonnée. Ce qui donne une impression d’indescriptible chaos ».

 

Alain Robbe Grillet jeuneL’hommage posthume est une forme d’accaparement. Les projecteurs sont braqués sur les soubresauts d’un vécu que la caste médiatique se plait à dépecer pour en extraire le suc. Robbe-Grillet mort, est-ce bien là l’intérêt d’un tel article ? Non. Jamais l’ancien académicien n’aurait toléré que l’on réduise le corpus né de sa plume à un parcours de vie. « L’artiste ne met rien au-dessus de son travail, et il s’aperçoit vite qu’il ne peut créer que pour rien », rappelle-t-il dans l’un de ses écrits. L’œuvre est semblable au corps vivant. Présente. Concrète. Palpable. Balayons la causalité, abandonnons les interrogations scientifiques et terrassons la logique pour pénétrer dans sa cité fantôme. Détruisons « l’univers des significations » pour voir dans les gestes et objets des réalités pures. Songeons aux Gommes et à l’étrange évocation de cet outil érigé en sujet. Cet infime élément n’est plus une vulgaire matière mentionnée pour exécuter la besogne d’un personnage. Elle est, par elle-même et pour elle-même. De l’aveu même de Robbe-Grillet, les « choses […] n’accepteront la tyrannie des significations qu’en apparence ». Si les objets contenus dans les cahiers de l’auteur sont en eux-mêmes une revanche sur l’homme élevé au rang de grand ordonnateur, donnons une place prépondérante aux œuvres du Nouveau Roman. Piochons dans les vieilles étagères ces bijoux bruts et durs et (re)découvrons cette littérature encore injustement décriée. L’œuvre d’art n’est en rien le laquais d’une idée ou d’un homme. C’est une réalité. Un fait. Un phare admiré pour sa forme.

 

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