Histoires, souvenirs et anecdotes relatives à l’histoire du Lycée Gay-Lussac et à l’association. Temps forts, événements marquants de la vie du lycée, des classes, anciens élèves, professeurs…

Limoges 1920-2020 : cent ans d’urbanisme et d’architecture

Retour sur la conférence de Michel C.Kiener, donnée le jeudi 12 mars, au Lycée Gay-Lussac, sur le thème “Limoges 1920-2020 : cent ans d’urbanisme et d’architecture”. Une quarantaine d’auditeurs, anciens du lycée et sympathisants, se sont montrés particulièrement attentifs et curieux des questions d’évolution de l’urbanisme et l’architecture de la ville de Limoges.

Conférence Michel C Kienre aux Anciens de Gay-Lu

Celui qui se promène dans Limoges, surpris par l’hétérogénéité du tissu urbain qu’il a sous les yeux, peut en tirer l’impression d’une ville construite de bric et broc, à la petite semaine, en fonction des opportunités foncières, sans pouvoir en comprendre la logique, ni même, parfois parvenir à situer le « vieux limoges », le cœur historique premier que toute ville aujourd’hui brandit comme un trésor.

Tout au contraire, en dépit de son caractère parfois déroutant, le paysage urbain de Limoges est le produit de politiques successives emboîtées conduites par des maires « à projet », que les hasards de la vie ont contraint de « jeter l’éponge ».

À ce titre, Limoges est un cas passionnant. Mais avant d’entrer dans le cœur du sujet, il faut rappeler deux principes de base :

  • Un maire peut « tout », tout ou presque. C’est un roi sur son territoire, en dépit des contraintes budgétaires et autres, c’est lui qui dessine « en vrai » le dessein de sa ville, son devenir et son futur visage : Villeurbanne dans l’entre-deux-guerres, et récemment Nantes, Grenoble, puis les deux Bordeaux successifs de Chaban-Delmas et Juppé en savent quelque chose, tout comme des villes aussi « moyennes » que Colmar ou Sarlat.
  • Mais il décide armé de ses passions, de ses principes politiques et des idées en vouge, passés au tamis des exigences et des conseils des hommes de l’État, ingénieurs et hauts fonctionnaires, et des architectes en vogue..

Le paysage urbain est donc la résultante de décisions successives et datées portant sur

  • l’espace public : rues, places, alignements, traitement du sol, mobilier végétal ou statuaire…
  • le bâti : alignements, hauteur, directives de construction (matériaux, encorbellements etc),
  • l’activité économique : artisanat, manufactures et usines, commerces divers.

Le tout ajusté aux moyens financiers du moment : comme les cathédrales du Moyen-Âge, les villes présentent de l’inachevé, faute de fonds ou revers de fortune, ou changement de politique. Limoges – comme tant d’autres villes bien sûr – est un musée d’inaboutis ou d’inachevés (ses places Denis-Dussoubs et d’Aine, le carrefour du CHU, les bords de Vienne, le Jardin d’Orsay…)

Quartier de la Cité

Les quatre moments d’une histoire

Sans entrer dans le détail des décisions et des constructions poursuivies sur plus d’un siècle, on tentera de fournir ici les clés qui permettront de déchiffrer le paysage. Pour le seul Limoges des années 1900-2020, on peut distinguer quatre phases, quatre politiques successives dont son paysage porte l’empreinte forte et les stigmates.

  • Une longue phase d’haussmannisation volontariste, commencée en 1898-99 et poursuivie par le maire Léon Betoulle (1912/1941, 1947/1956), puis par son successeur Louis Longequeue (1956-1990), s’est trouvée enrayée successivement par la Crise de 1929 suivie de la Seconde guerre mondiale, et par la révolution copernicienne des années 1970-80.
  • Les années 1954-75, celles des Trente Glorieuses, qui culminent à Limoges au cours d’une décennie glorieuse, celle des années 1960.
  • Leur succède le temps des « Vieux quartiers », de la revendication identitaire couplée avec le temps des architectes/grands projets des années 1974-2010.
  • Une quatrième phase s’amorce avec le XXIe siècle et prend son envol vers 2010 : le temps du bien-vivre en ville, des préoccupations écologiques puis du changement climatique, les maires devant « répondre aux défis de l’avenir ».

 

1. L’haussmannisation

Il faut rappeler ce qu’était le Limoges de 1900-1920 : une grande ville industrielle et négociante, ouverte sur le monde, même si elle a pris en même temps l’habit d’une « ville ouvrière ». La liste des industries de base, porcelaine, chaussure, liqueurs, doit être complétée par un important secteur BTP trop souvent passé sous silence : architectes, entrepreneurs, terrassiers, maçons, plâtriers, charpentiers en bois et en fer, peintres, menuisiers, vitriers, électriciens… construisent à la Belle Époque en marge du vieux Limoges premier une périphérie planifiée typique de la Révolution industrielle. Deux villes coexistent donc, comme dans les villes coloniales : un vieux centre pourrissant et une ville neuve à rues larges tirées au cordeau, outre des métastases urbanisées par poches. D’un côté l’entassement de la population ouvrière dans des logements sordides, de l’autre de nouveaux quartiers, dits bourgeois, où logent classes moyennes et cadres de la garnison.

Art DécoMais on ne voit pas émerger une politique de logement ouvrier, ni de la part des manufacturiers, ni de la municipalité.

En tout cas, celle-ci entreprend à partir de 1898-99 de raser la ville ancienne secteur après secteur, afin de doter Limoges d’un centre-ville « moderne », en prenant pour référence l’action du baron Haussmann à Paris. Ce qui veut dire mener l’opération sans états d’âme, en sacrifiant toute référence au passé, toute référence au parcellaire antérieur, en sacrifiant les maisons à tourelles d’angle en granit comme en ont conservées Brive et Saint-Léonard-de-Noblat.

Première victime condamnée à l’unanimité pour sa pestilence, le secteur dit du Viraclaud, sur lequel on construit rapidement, à partir de 1900, quelques « grands équipements » : Poste, Préfecture, Bibliothèque et Cirque-Théâtre en dur. Suit aussitôt, sur un programme arrêté en 1914 à la veille de la guerre, la destruction du secteur du Verdurier situé à l’autre extrémité d’une radiale ouverte en force, la future rue Jean-Jaurès. Le Verdurier, détruit à coups de pioche pendant la Grande guerre, transformé en tabula rasa, amorce sa reconstruction sous l’égide des frères Bernheim dès 1920-21, dotant le centre-ville d’artères Art déco puis Années Trente. Subsistent pourtant comme en attente, de part et d’autre de la pénétrante Jean-Jaurès des îlots en attente… rescapés du massacre.

Et une amorce d’urbanisme : ainsi le plan Gonthier, suite à la loi de 1919.

Qui mène la danse ? Qui poursuit le programme amorcé vingt ans plus tôt ? Paradoxalement, le député-maire socialiste élu en 1912, Léonard dit Léon Betoulle. Il a trois préoccupations essentielles :

  • Accompagner la relance économique gage d’emplois pour la population. Limoges sera pleinement la capitale de la VIIe Région économique, voulue par la Chambre de commerce.
  • Poursuivre la modernisation de la ville, donc l’haussmannisation et la reconstruction en moderne des quartiers détruits. Et, surtout, en finir avec le feuilleton de la gare du P. O. : il impose le projet audacieux de Roger Gonthier, et la gare se fait, inaugurée en 1929.
    Pour le Verdurier, mis en adjudication d’un bloc en 1921, il ne veut qu’un seul interlocuteur : ce sera les frères Bernheim.
  • Enfin, lancer un programme offensif de logements ouvriers HBM : une cité-jardin (Beaublanc), puis la cité des Coutures et tant d’autres, que suit un de ses fidèles, Victor Thuillat .

Sont ainsi fortement impactés dans l’espace urbain et péri-urbain :

  • Le Verdurier, donc le Boulevard Louis-Blanc, la rue Jean-Jaurès puis l’îlot de la gare
  • Ainsi qu’un ensemble de poches pavillonnaires privées, rues comprises, bâties en « pavillons Loucheur » modestes et de alignements de villas, dont de nombreux lotissements Bernheim privés (Montjovis, la Céramique…).

Mentionnons enfin quelques cathédrales industrielles dont la plupart ont été rasées depuis : subsistent ainsi l’usine de chaussures Monteux rue Beyrand (archives de santé de l’armée) et une imposante usine Haviland devenue siège des chèques postaux.

Sauf que la Crise de 1929, partie de New York, fit de Limoges l’industrielle une victime de choix. Chômage, faillites en cascade, friches industrielles, un drame absolu que la seconde guerre mondiale fit durer. L’haussmannisation est ainsi stoppée.

 

2. Les années 1954-1975

L’après-guerre est sinistre, l’industrie repart lentement, alors que le baby-boom accroît à Limoges une effarante crise du logement. Les ruraux qui accourent pour travailler en ville ne trouvent parfois qu’un garage pour se loger en famille. Le maire communiste Georges Guingouin, élu en 1945, tente une politique vraiment sociale, mais il est remplacé dès 1947 par le vieux Betoulle. Rien ne se passe vraiment, aucun progrès dans l’assainissement. La France, ruinée par les guerres coloniales, n’a pas d’argent – en 1953-54, 40 % du budget passe dans la guerre d’Indochine.

Une conférence illustrée d’archives, commentées par Michel C. Kiener

Sauf qu’en 1954, l’abbé Pierre lance son célèbre appel, et l’État décide alors de lancer, lui, un grand plan de construction industrialisée de logements.

  • Cette campagne va assurer le triomphe des idées de toute une génération d’architectes adeptes des conceptions de Le Corbusier, architectes souvent de gauche et compagnons de route du Parti communiste, résistants (mais pas tous loin de là), forts de leur participation à l’œuvre de reconstruction des villes en ruines dirigée par le ministre Claudius-Petit (1948-1953), l’homme du MRU.
  • Le maire Betoulle monte à Paris en 1954, et il obtient un premier programme pour une cité à construire à La Bastide, ainsi que la nomination d’un architecte dédié, Clément Tambuté (l’homme de la cité des 4 000 de La Courneuve etc. après avoir reconstruit Calais, Berck-sur-mer et Abbeville. Un Parisien, qui a œuvré à Madagascar pour reconstruire le port de Nossi Bé ruiné par les tirs anglais.
  • Il est suivi d’un autre architecte parisien, René Blanchot, qui se chargé des constructions scolaires (écoles, lycées). Un copain de Tambuté. L’adjoint aux écoles, c’est Louis Longequeue, le futur maire.

En décembre 1956, Léon Betoulle meurt enfin, et c’est donc le « jeune » Longequeue (1956-1990) – un pharmacien socialiste de 42 ans lié à la Résistance – qui lui succède, élu par son groupe à la surprise générale. Il va se noyer dans le travail, et prend à bras le corps tous les gros dossiers, le logement, les écoles, l’emploi, les grands équipements sportifs…

Il va utiliser pour cela tous les leviers que l’État met à la disposition des communes. En 1958, la Cinquième République, en 1959 les municipales. Le maire a eu deux ans pour prendre les choses en mains. Il est seul, sans aucun appareil autour de lui, sinon un secrétaire-général en place depuis longtemps, juriste et roublard.

Sa méthode ? Décider et prendre le dossier en mains. Ainsi en va-t-il du nouveau théâtre municipal voué à l’opéra et l’opérette, 1 400 places, inauguré en 1963, construit sur l’emplacement du cirque-théâtre détruit.

Les années 1960-70 seront ses grandes années. En décembre 1959 est créée sous l’égide du préfet et de la Caisse des dépôts une société d’économie mixte dont le maire est aussitôt nommé président. Cette SEM est avant tout une boite aux lettres entre les services conseils de la CDC et la ville, mais cette SELi devient le bras armé du maire. Et il annonce, en ce mois de décembre 1959, puis dans la foulée, son programme donc ses exigences. Spectaculaire. Une ZUP, et trois zones industrielles, aux entrées nord et sud de la route Paris-Toulouse, des collèges universitaires et pourquoi pas une université, un CHU, une refonte de l’espace central (la place de la République) avec un parking et, dès 1961, un aéroport moderne en remplacement de celui de Feytiat. Il a un atout : un vaste territoire communal, qu’il agrandit en annexant Beaune-les-Mines. Il n’aura rien à négocier avec sa périphérie. Comment travaille Louis Longequeue ? Avec des complices, des relais qu’il se constitue à Paris ; il est parlementaire, il négocie âprement, il contourne les préfets et leur mandant le directeur de l’Office HLM. Il est exigeant, et il le fait savoir.

En un peu plus de dix ans, c’est fait. L’aéroport de Bellegarde est inauguré pour les obsèques d’Edmond Michelet en 1970. Le maire obtient son université en 1968, et le CHU est inauguré en 1975 seulement par Jacques Chirac, suite à des faillites d’entreprise etc.

Tout est municipal et le restera : le Centre culturel inspiré des maisons de la Culture à la Malraux, le Grand-théâtre, le musée de l’Évêché. La ville se couvre d’écoles et de lycées reconstruits ou construits, au service de toute l’agglomération. Et l’industrie tourne à plein, l’automobile prenant le relais des deux industries traditionnelles, céramique et chaussure.

 

Et l’haussmannisation ? Le maire la poursuit à son tour, mais elle se limite aux marges urbaines ouvrières aux allures de taudis qui longent la Vienne au pied et autour de la cathédrale, en attendant d’attaquer la rive gauche : le Clos Sainte-Marie. Pour le reste du vieux centre laissé en attente, il faut construire d’abord, on détruira après. Les grands ensembles se succèdent donc à partir de 1959, tous signés Tambuté, avec l’aide de son assistante Thérèse Fayeton et des architectes d’exécution locaux.

 

1971 marque un sommet, que consacrent pour Longequeue ses troisièmes municipales remportées – trois autres suivront. Limoges s’affiche clairement en capitale régionale de plein exercice, au point que l’État prévoit pour elle 250 000 habitants en 1990. Les ZI sont remplies, et on s’attaque sans plus tarder à une deuxième ZUP au-delà de la ville, dans les champs du lieu-dit Beaubreuil. C’est aussi le temps des piscines et des terrains de sport. Et celui des espaces verts, sous l’impulsion d’un adjoint à l’urbanisme, Gilbert Font (1965-1995) : vallée de l’Aurence en entier, jardins ouvriers, premier golf municipal de France, jardins de l’Évêché. L’idée d’une « ceinture verte », très à la mode avec l’émergence de l’écologie, fait son chemin. L’acquisition réussie et sans frais du Bois de la Bastide, autre première application d’une loi récente, en est le témoin.

Et c’est le coup de bambou de Beaubreuil, la fin d’une époque…. La France passe au pavillonnaire, même si la Gauche stigmatise les Chalandonnettes… Les classes moyennes, les ménages ouvrier-employés à deux salaires, font construire. La Caisse des Dépôts se retrouve bien seule avec sa pluie de barres et de tours à élever sur Beaubreuil. Elle doit changer ses plans et les envelopper d’une ceinture de pavillons pour éviter le désastre financier.

Tout dérape. Les ménages, en effet, se mettent à fuir dans les communes d’une banlieue qui s’invente à toute vitesse, tandis que les « quartiers » conservent les plus pauvres :

  • Les Grands ensembles accusent le coup du double choc pétrolier de 73 et 79, qui sonne la fin de nombreuses entreprises « locales » (les fonderies de Châteauponsac, le textile de Cussac). Tandis qu’une population d’immigrés remplace les ex-ruraux partis à la périphérie… alors même que les emplois industriels s’évaporent sur Limoges.
  • Les associations « de défense », dans le même temps, se créent et parviennent à bloquer de grands projets : l’autoroute à six voies prévue en bord de Vienne, la destruction du Clos Sainte-Marie et du reste du quartier de la Cité. L’haussmannisation est stoppée, avec un héros discret, Gilbert Font, qui sauve le Pavillon du Verdurier et tant d’autres bâtiments ou secteurs patrimoniaux.

 

3. Le temps des architectures et du Patrimoine 1980-2010

Oui, les temps avaient bien changé. Partout en France désormais des citoyens, mieux formés, se mêlaient des projets que leurs maires, appuyés par l’Etat et forts de leur légitimité électorale, tentaient de mettre en œuvre. Limoges n’échappa pas au mouvement général des associations contestataires.

Le Zénith en construction au bois de la Bastide (2006) : le temps des grands équipements.

Deux phénomènes majeurs vont marquer son paysage urbain :

  • La prise en considération comme « patrimoine » des vieux quartiers voués à la démolition. Cela ne se fit pas sans grincements de dents et le maire Longequeue résista jusqu’au bout, jusqu’à sa disparition en 1990, à toute campagne de ravalement obligée. Ainsi qu’à sa corollaire, la création d’un secteur piétonnier cohérent et valorisé. Mais le ton était donné, et les premiers colombages apparurent en 1973 rue de la Boucherie à l’initiative d’un petit groupe de passionnés. Le Clos Sainte-Marie, à son tour, se prit en mains et imposa une progressive mise en valeur qui mit hors-jeu les programmes prévus. Des aides (celles de l’ANAH), des subventions ciblées firent émerger un nouveau Limoges, détenteur d’un « centre ancien » qu’on ne soupçonnait pas, et même d’un patrimoine archéologique disponible. Une première décision favorable au patrimoine concerna les vestiges du tombeau de saint Martial place de la République, mais les très importants vestiges des thermes gallo-romains, trouvés dans un état remarquable de conservation et d’élévation, furent rasés dix ans plus tard sans pitié au profit d’un parking à étages. Il revint au maire Alain Rodet (1990-2014) de passer à la vitesse supérieure en lançant une politique continue et cohérente de ravalements (au-delà du millier de façades), de fouilles assumées et de valorisation par exemple de la place Denis-Dussoubs. En cela appuyé par le Département (la chapelle des Jésuites, la Visitation et l’ex-caserne). Avec cependant un secteur piétonnier réalisé par petits bouts sans réelle volonté d’en faire un atout maître.
  • Deuxième signe des temps, le temps des architectes. À partir de 1980 on voit surgir à traves Limoges de grands équipements publics, imposants ou plus modestes, à valeur architecturale voulue et assumée : l’hôtel de région, le Palais des sports de Beaublanc (temple du basket version CSP), la technopole Ester, la médiathèque (Bfm, P. Riboulet), l’ENSIL (Atelier 4), l’ENAD/ENSA, les deux facultés de droit de centre-ville (M. Fuksas) – site Turgot et site Forum –, le Conservatoire, la nouvelle ENSCI/centre européen de la céramique… et, pourquoi pas, le collège André-Maurois. Dans le même temps, le Théâtre de l’Union, les caves des anciennes Coop, les halles centrales, la cité HBM/HLM des Coutures et la cité-jardin de Beaublanc, la chapelle devenue Espace Simone Veil font l’objet de réhabilitations/refondation majeures, comme les musées des beaux-arts (ville) et Adrien-Dubouché (État).

En 2001, la ville entre enfin dans le club des Villes d’art et d’histoire, mais toujours à petits pas. Ce qui n’empêche pas quelques ratés scandaleux, ainsi le saccage de l’ex-chapelle 1880 des sœurs hospitalières au profit de l’Université.

 

4. La ville durable : 2010 et après

En 2014, les municipales du mois de mars mettent fin à un siècle de gestion socialiste de la ville (1912-41, 1947-2014). Changement de ton, peut-être, mais le cadre mental a changé, à commencer par le fait que Limoges perd soudain, au 1er janvier 2015 son statut de capitale régionale. Un coup de foudre qui frappe une ville ex-ouvrière devenue ville tertiaire avant tout.

En 2001, la ville était entrée dans la construction progressive d’une communauté de destin avec les communes d’alentour, puis, mieux encore, dans une Communauté urbaine, celle de Limoges Métropole, largement étendue. Désormais, la voirie et l’aménagement urbain vont dépendre du consensus communautaire autant que de la volonté du maire.

Mais c’est surtout l’impact du mouvement écologiste, qui fait irruption au conseil en 1989, puis du réchauffement climatique, devenu une évidence et une obsession dans les années 2010, qui vont désormais orienter la confection d’un paysage urbain plus vert, plus ajusté aux exigences environnementales, et, peut-être, à de nouvelles habitudes de consommation urbaine.

Tout reste à inventer dans ce domaine. S’amorce en tout cas, une nouvelle phase de l’aménagement de l’espace urbain, héritier de politiques successives liées à l’histoire économique et politique de la ville autant qu’aux grands moments de l’histoire nationale.

 

Evolution de l’anesthésie, de la chirurgie pédiatrique et du traitement de la douleur à Limoges, de 1915 à nos jours – Retour sur la conférence de Gérard Terrier

Notre camarade, le Docteur Gérard Terrier nous a fait l’honneur de présider le Banquet 2018 de l’Association. En amont de l’Assemblée générale, il a donné une conférence sur le thème « Evolution de l’anesthésie, de la chirurgie pédiatrique et du traitement de la douleur à Limoges, de la première Guerre Mondiale à nos jours ».
En réponse à différentes sollicitations, notamment de personnes n’ayant pu assister à son intervention, retrouvez aujourd’hui le contenu de son intervention.

 

Gérard TerrierChers camarades, chers amis,

Le Président Jean-Pierre LEVET m’a demandé, en préambule à nos agapes, de vous faire une petite causerie apéritive. J’ai donc choisi de vous entretenir d’un domaine dans lequel j’ai évolué pendant plus de quarante ans : l’anesthésie et la chirurgie de l’enfant. Nous verrons parallèlement l’évolution du traitement contre la douleur, en fonction des drogues et techniques disponibles au cours de ces années.

 

Les progrès de la chirurgie se sont appuyés depuis le début du XXème siècle, sur le développement des techniques anesthésiques. Il est intéressant d’étudier l’évolution de l’anesthésie dans un service de chirurgie pédiatrique et, plus particulièrement dans celui que nous avons à proximité : le service de Chirurgie pédiatrique de l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant, plus communément appelé l’HME de Limoges.

Mais sachez que cette localisation a été précédée de deux autres :

  • la première à l’Hôpital général près de la mairie de Limoges et actuellement reconverti en BFM (Bibliothèque Francophone Multimédia)
  • la seconde, depuis 1975, au CHU Dupuytren
  • jusqu’à l’ouverture de l’HME Hôpital Mère-Enfant en 2007.

Il m’a paru intéressant d’analyser les comptes rendus opératoires que j’ai pu retrouver depuis la fin de la première guerre mondiale. Ceux-ci sont souvent brefs et imprécis, mais ils mentionnent le plus souvent la technique anesthésique utilisée, la qualité de celui ou celle qui l’a administrée et les éventuels incidents survenus au décours de l’intervention. Par contre, ces comptes rendus sont particulièrement pauvres quant aux techniques ou thérapeutiques à visée antalgique.

 

L’activité opératoire

Jusqu’en 1930, l’activité opératoire est faible : une soixantaine d’interventions par an. Elle augmente ensuite sensiblement pour atteindre 263 interventions en 1942, puis se stabilise (227 opérations pour l’année 1955).

A l’ouverture du service de Chirurgie pédiatrique, avec l’arrivée d’un « vrai » chirurgien pédiatre (le Professeur Jean-Luc ALAIN) en 1973, le nombre d’interventions, mensuelle cette fois, va croître régulièrement de 30 par mois à plus de 150, soit entre 1700 et 2000 interventions par an !

Il s’agissait principalement dans la première moitié du XXème siècle d’interventions de chirurgie viscérale (appendicectomies – dont environ 30 à 50% se compliquaient ou mouraient – et hernies inguinales), et de chirurgie orthopédique. Jusqu’en 1930 prédominaient les traitements chirurgicaux d’ostéomyélites, les antibiotiques n’étant pas encore à disposition. L’antalgie est assurée par l’immobilisation, le chaud (bouillottes) ou le froid (vessie de glace).

En 1973, les produits permettant de lutter contre la douleur comprennent certains morphiniques (Péthidine, Fortal®, Palfium®) et des anti inflammatoires (aspirine, paracétamol, AINS).

A noter que nous avons réalisé, avec le Professeur ALAIN et les docteurs Dominique GROUSSEAU et Bernard LONGIS, en 1990, une première chirurgicale mondiale : l’opération d’un nouveau-né par coelio chirurgie.

Le Professeur ALAIN a eu comme successeur le Professeur Dominique MOULIES, éminent chirurgien orthopédiste pédiatre. La responsabilité du service est assurée de nos jours par le Professeur Laurent FOURCADE, auteur d’une première chirurgicale européenne : l’opération d’une atrésie de l’œsophage chez un nouveau-né à l’aide d’un robot chirurgical.

 

L’anesthésiste

Longtemps pratique non médicale, l’anesthésie est assurée sous la responsabilité du chirurgien par l’externe du service ou, plus rarement, par un « stagiaire » dont on ne sait trop qui il était…

Lors des gardes, l’anesthésie est « donnée » (quelle générosité !) par celles qui sont toujours présentes à l’hôpital, de jour comme de nuit : les religieuses de la Communauté de Saint-Alexis.

Il faudra attendre 1954 pour que soit mentionnée, pour la première fois, la présence d’un médecin anesthésiste (sans doute Madame le Docteur Madeleine LEPETIT, ou le Docteur Georges NICOT, futur Professeur de Pharmacologie). De nos jours, il serait inconcevable qu’un enfant soit endormi par quelqu’un d’autre qu’un médecin qualifié, assisté d’une infirmière aide-anesthésiste, dénommée IADE et même d’un médecin ayant choisi cette surspécialité qu’est l’anesthésie – réanimation pédiatrique. En effet, un enfant n’est pas un adulte en miniature !

 

Les techniques

Techniques d’anesthésie locale

1-Anesthésie par réfrigération : A partir de 1916, on voit mentionné le chlorure d’éthyle en pulvérisation pour les incisions d’abcès. Entre 1937 et 1944, des mélanges glace/sel permettent entre autres de réduire des luxations ou des fractures du membre supérieur ou de la jambe et du pied.

2-Anesthésie par infiltration : plusieurs produits sont mentionnés : la cocaïne à partir de 1916, puis la procaïne ou la novocaïne à partir de 1921.

De nos jours, les anesthésies locorégionales, même chez le petit enfant, ont été largement développées, à la fois pour le peropératoire, mais aussi pour procurer une analgésie postopératoire de qualité. Les produits sont aussi beaucoup plus maniables.

Techniques d’anesthésie générale

1-Les drogues :

Bien que le chlorure d’éthyle soit parfois cité (pour l’ablation des amygdales par exemple), c’est le chloroforme qui est, jusqu’en 1927, l’agent volatil le plus employé. A partir de cette date, l’éther fait son apparition. Le choix de la technique varie selon les habitudes de celui ou de celle qui est qualifié « d’anesthésiste ».

Il arrivait même qu’il n’y ait qu’un substitut à l’anesthésie : chez le nouveau-né, il arrivait même que des hernies soient réduites ou des laparotomies pratiquées avec ce qu’il était convenu d’appeler « l’anesthésie à la sucette » ou parfois à la compresse (Diapo 7) devant l’impossibilité de perfuser ces petits patients faute de matériel adapté. Inimaginable de nos jours…

Entre 1935 et 1946, deux préparations anesthésiques sont aussi utilisées : le mélange de SLEICH (éther éthylique, chloroforme et chlorure d’éthyle) et le Balsoforme (qui contient en plus du goménol à visée anti catarrhale et antiseptique). Je vais vous donner mon point de vue sur ces mélanges : outre un doute sur leur meilleure efficacité due à la combinaison de plusieurs produits, je puis surtout affirmer que, s’il survenait un incident –voire un accident – au moins, on ne savait pas à quel produit il était dû ! A partir de 1949, le chloroforme est abandonné.

Le 29 novembre 1946, la première anesthésie intraveineuse est pratiquée chez un enfant à Limoges par injection d’un barbiturique, le thiopental, introduit en France par les américains en 1945. Cette technique est mal jugée par le chirurgien qui note sur le compte-rendu : « Très mauvaise anesthésie, le malade n’a jamais dormi ». Mauvaise utilisation ou préjugé défavorable envers un produit nouveau ? Il est bien difficile de trancher. Malgré cette première expérience peu encourageante, l’utilisation des barbituriques devient plus fréquente.

En 1950, un curare, la D-tubocurarine, est mentionné, précédant la Gallamine en 1953. Les curares sont destinés à provoquer une paralysie musculaire réversible, facilitant les gestes chirurgicaux.
En 1955, le protocole anesthésique le plus fréquemment cité consiste en une induction intraveineuse au Thiopental, suivie d’un entretien de l’anesthésie par inhalation d’éther.

Rapidement, dans les années 1970-80, l’anesthésie a été pratiquée par induction intraveineuse de Nesdonal (qui a remplacé le thiopental) et entretenue par une vapeur halogénée (le Fluothane, qui avait heureusement remplacé l’éther, puis le Penthrane).

De nos jours, c’est en quelque sorte l’inverse : l’induction est pratiquée par inhalation d’un anesthésique volatile halogéné (le Sévofurane) et l’entretien est assuré par, soit un produit intraveineux (le plus souvent du Propofol) soit une inhalation (Nb : une particularité du Propofol : il peut donner, employé seul, des rêves érotiques chez les femmes…pas chez l’enfant !). On y adjoint des morphiniques, des curares et/ou des techniques locorégionales, en fonction du type d’intervention.

Lorsque l’intervention est d’une certaine durée, la technique dite du « circuit fermé » est utilisée, permettant une épargne des produits anesthésiques et une moindre consommation de gaz anesthésiques (oxygène et protoxyde d’azote), et donc une meilleure protection de l’environnement.

2-Le matériel

L’anesthésiste des débuts doit disposer comme nous le rappelle un manuel de 1919 :

  • « d’ouvre bouche et de pinces à langue pour écarter les mâchoires contracturées et saisir la langue,
  • d’instruments et de médicaments destinés à parer aux accidents qui peuvent survenir : quelques ballons d’oxygène, une seringue de PRAVAZ pour faire des injections d’éther, de caféine ou d’huile camphrée,
  • d’une série de masques grillagés si on emploie le procédé de la compresse, ou bien d’un appareil d’OMBREDANNE »

Tout cela a bien changé de nos jours, avec l’utilisation généralisée du matériel à usage unique, des recommandations nombreuses de sécurité, de l’utilisation de matériel informatisé capable de calculer les doses à administrer en fonction des paramètres du petit malade et donc, conséquence heureuse, la raréfaction des incidents ou accidents d’anesthésie.

La préparation du malade

Le malade était purgé et restait à jeun depuis la veille de l’intervention (12 heures pour les aliments solides et 6 heures au moins pour les liquides). Ces délais sont très raccourcis de nos jours. Il n’est pas fait mention dans les comptes rendus d’une quelconque prémédication, vagolytique ou autre. Il est toutefois conseillé dans les années 1920 « d’effectuer les préparatifs dans une pièce voisine de la salle d’opération, pour ne pas effrayer le malade, qui a besoin d’être rassuré par quelques bonnes paroles ».

Un conseil qui reste d’actualité, même si maintenant les parents accompagnent leur enfant jusqu’au bloc opératoire, voire jusqu’à l’endormissement de leur progéniture.

 

Incidents et accidents

Certains comptes rendus opératoires font douter du strict respect des conditions d’asepsie : « une araignée sur la table », « mouches multiples sur le champ opératoire…et ailleurs » sont notés dans une relation de 1941. « Présence de moustiques divers et abondants » sont encore précisés en 1942.

Des complications plus directement liées à la technique anesthésique sont également citées. Par exemple lors d’une intervention pour cure d’une sténose du pylore, des vomissements abondants surviennent, sans que les éventuelles conséquences de cet accident ne soient notées.
Plusieurs cas de « syncopes chloroformiques » sont rapportées. L’un d’entre eux est attribué par le chirurgien « à une anesthésie trop légère et à un changement récent de chloroformiste jeune et moins expérimenté ». Il n’a pas forcément tort !

Une autre fois, deux syncopes successives, chez un enfant de cinq ans, opéré pour une invagination intestinale, aboutissent au décès du petit malade. Il est à noter que quasiment toutes les invaginations intestinales, opérées avant 1965, mouraient.

En 1946, un cas « d’hyperthermie majeure » est décrit, chez un enfant de trois ans, lors de la tentative de réduction d’une luxation congénitale de hanche, dans le but de lui installer un appareil plâtré sous anesthésie au chloroforme. Le petit patient décède à la 10ème heure postopératoire. Il s’agit là sans le moindre doute d’un cas de ce qu’on appelle maintenant une hyperthermie maligne (fièvre montant au-dessus de 41° de température), traitée de nos jours relativement simplement par Dantrolène (produit qui a aussi d’autres indications, chez les myopathes ou, peut-être dans…l’alcoolisme !).

La mortalité opératoire est variable selon les années. Elle atteint un maximum entre 1936 et 1945 : 26 enfants décèdent pour un total de 1767 interventions en 10 ans, soit 1,5%. La moitié des décès est due à des péritonites appendiculaires (la pénicilline ne fait son apparition qu’en 1945, et à Limoges en 1946). Durant cette même période de 1936 à 1945, le taux de mortalité des invaginations intestinales aiguës (retournement d’une portion de l’intestin grêle sur lui-même) est de 100% (10 cas).

A deux reprises, en 1947 et en 1950, des enfants polytraumatisés décèdent du fait de l’impossibilité de les perfuser.
Tous ces incidents et accidents ont disparu. La mortalité peropératoire est maintenant inférieure à 1/300 000. Que de progrès…

 

Le traitement de la douleur

Comme je l’ai mentionné au début de cet exposé, les débuts ont été difficiles…surtout pour les malades ! Peu ou pas d’analgésie, en dehors de l’immobilisation (pour les fractures et les interventions orthopédiques), le chaud (avant l’interdiction des bouillottes dans les années 1980), le froid (vessies ou bains de glace), la « sucette » et…les bonnes paroles des religieuses ou des autres soignants du type « Mais non, ça ne fait pas très mal » ou « ça va passer ! ». N’oublions jamais la référence à la souffrance du Christ…

La morphine (que certains écrivaient « mort fine » en deux mots) n’est pas utilisée chez l’enfant (et très peu chez l’adulte !) de peur de ses effets secondaires et…du risque de toxicomanie ! Et pourtant cette « méfiance » est récente : l’opium et ses dérivés sont connus depuis l’antiquité, puis l’opium avait fait son apparition en Europe grâce aux enseignements d’Avicenne. C’est Paracelse qui l’introduit vraiment en l’utilisant chez…la poule ! Sydeham l’utilisera au 17ème siècle sous le nom de Laudanum. La morphine (en référence à Morphée) fut synthétisée par Sertüner en Allemagne qui publia ses travaux en 1811. Mais en France (je ne parle pas de Limoges !) l’utilisation de la morphine se heurte à la mauvaise image de l’utilisation que nous dirions « récréative » faite par certains artistes comme Charles Baudelaire.

A Limoges justement, les dérivés morphiniques que j’ai déjà cité (Dolosal, Fortal, Palfium) ne seront vraiment utilisés de façon courante, mais parcimonieuse, que dans les années 1960-1970. Etaient utilisés par contre, mais là encore avec parcimonie, les anesthésiques locaux dérivés de la cocaïne, en injections locales.

Au fil des ans, l’apparition de dérivés synthétiques, jusqu’à 100 fois plus puissants que la morphine, plus maniables et plus sécurisants, fit que l’analgésie se développa de plus en plus. De nos jours, l’antalgie post-opératoire est même anticipée, juste avant la fin de l’intervention chirurgicale. L’administration continue à l’aide de seringues électriques facilite aussi l’analgésie. Des formes orales, anales, transdermiques, trans muqueuses (nasales) sont disponibles. Couplées à des techniques d’anesthésie locorégionale et à d’autres produits (AINS par exemple) tous ces produits permettent maintenant une analgésie multimodale, adaptée à l’intervention et au patient. Oui, il est possible de lutter actuellement très efficacement contre la douleur et sinon de la faire disparaître, au moins de la rendre toujours supportable.

 

Conclusion

C’est au cours de la période 1915 – 1955 que, selon le Professeur BAUMANN, « l’anesthésie s’est élevée d’une pratique empirique au rang d’une science : l’anesthésiologie ». Cette évolution est marquée par la médicalisation de la discipline, reconnue comme une spécialité à part entière. Elle a permis, parallèlement, les progrès de la chirurgie. Il faut également souligner l’importance des progrès réalisés dans les domaines de la pharmacologie (en particulier des antalgiques morphiniques ou autres), de la physiologie et des techniques biomédicales (anesthésie à objectif de concentration, techniques locorégionales, analgésie multimodale…). Cela nous a permis, à Limoges en 1990, comme je l’ai déjà cité tout à l’heure, de réaliser une première mondiale chirurgicale : l’opération d’un nouveau-né par célio chirurgie.

Les enfants sont régulièrement opérés par robot à l’HME où le Professeur FOURCADE a lui-même réalisé une première européenne.

L’aventure continue…

 

Merci à notre camarade Gérard Terrier pour cette conférence passionnante.

En lien avec le domaine médical, il a récemment publié Us et Coutumes de la Salle de Garde aux éditions l’Harmatan, il y porte un regard amusé sur ces traditions au sens initiatique certain de la salle de garde.

Nostalgie, nostalgie !

Nostalgie, nostalgie… C’est le temps des retrouvailles !! Les samedis 11 mai et 1er juin, deux groupes d’anciens élèves, ont redécouvert le lycée entre camarades. L’association des Anciens de Gay-Lu était à leurs côtés.

 

En 1974-75 à Gay-Lussac, Promo Evariste Galois

Les anciens CPGE de retour au Lycée le 11 mai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils ont retrouvé des repères chers à leur mémoire et partagés avec nous leurs anecdotes. Tous, un peu dépaysés par la modernisation du lycée, ont apprécié la visite.

1988-1989 en 2nde 3

De retour au Lycée le 1er juin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pot de l’amitié dans les locaux de l’association des Anciens de Gay-Lu a clôturé ce retour aux sources entre anciens élèves.

Yves Lesperat et Michel Kiener m’ont accompagnée dans ces visites.
Grand merci à Fabrice Varieras pour l’organisation de ces journées.

Quand le bac faisait trembler ses candidats

Une formalité, le baccalauréat ?

Il fut longtemps un examen couperet qui terrorisait le petit bataillon des garçons (et des filles) que la République admettait dans ses lycées de préfecture et de sous-préfecture.

Toucher le pied de la statue de Gay-Lussac à l’entrée du lycée : un porte-bonheur pour de nombreux élèves avant leurs examens, toutes générations confondues

Le 20 septembre 1919, Le Populaire du Centre livre les résultats définitifs du cru de l’année 1918-1919 pour le lycée Gay-Lussac, une fois passée la session dite de rattrapage de septembre.

L’établissement a présenté 159 garçons au bac, toutes sections confondues. Les 98 admissibles rescapés de l’écrit (63%) se réduisent au final, une fois les oraux passés, à 67 reçus seulement, soit 42% ! En maths : 14/31, en section philo : 11/26 ; latin-langues : 8/17 etc. Et 4 mentions Bien en tout.

De quoi nourrir les rangs des redoublants en terminale, et même, ce qui se voyait encore dans les années 1950, des triplants…

 

Hommage à Gérard Vandenbroucke

Samedi 15 février, triste nouvelle, un de nos camarades et surtout un ami, nous a quittés. Vanden, comme on t’appelait entre nous, est décédé à 71 ans après un combat courageux de deux ans contre la maladie.

HommageBrillant élève de Gay-Lu jusqu’en classe prépa, professeur de lettres puis directeur du Centre de Documentation Pédagogique et membre de l’Action Culturelle du Rectorat de Limoges, tu es resté attaché toute ta vie à l’Education sous toutes ses formes.

Dans le même temps, tu t’investissais en politique dès le lycée, dans cette période de foisonnement des idées de la fin des années 60.

Conseiller municipal, Maire de Saint-Just le Martel, dernier Président du Conseil Régional du Limousin, premier vice-Président du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine, Président de la Communauté urbaine Limoges Métropole, ton parcours politique est exceptionnel, toujours au service des autres.

Dans un autre domaine, dans une atmosphère conviviale, à laquelle tu associais toute la population de Saint-Just, tu rassemblais des dessinateurs du monde entier dans le Salon International du dessin de presse et d’humour. Là encore, tu avais le souci de mettre à la disposition des jeunes, toute cette culture si riche et si diverse.

Et puis, tu étais notre AMI, toujours fidèle à Gay-Lu, toujours attentif et disponible, malgré tes nombreuses responsabilités.
On ne t’oubliera pas Gérard, notre cher Lycée est si fier de toi.

Pour les Anciens de Gay-Lu, la Présidente, Danièle BONNEAU.

 

Un autre de nos camarade, Alain Texier, partage avec nous quelques souvenirs.

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Monuments historiques : nouveau classement pour le Lycée Gay-Lussac

Monument historiqueLe classement « monuments historiques » de notre cher Lycée Gay-Lussac datait de 1936. Il ne portait alors que sur la protection des deux campaniles et du portail d’entrée du XVIIe siècle du Lycée.

La commission régionale du patrimoine et de l’architecture a récemment étendu ce classement et cette protection à de nouveaux éléments du bâtiments (parution au J.O. du 3 mai) : la chapelle en totalité, les façades et toitures de l’aile construite au XVIIe siècle, le portail d’entrée du XVIIe siècle remonté dans le pignon, les façades et toitures de l’aile construite au XVIIIe siècle, la cage d’escalier et le monument aux morts, les façades et toitures de l’aile dite “des sciences”, construite dans les années 1930.

grand escalier du lycée

Grand escalier – Photothèque Paul Colmar

Extrait de l’Arrêté de la DRAC Nouvelle-Aquitaine R75-2017-12-08-015, signé le 8 décembre 2017, paru au J.O. du 3 mai 2018, portant inscription au titre des monuments historiques du Lycée Gay-Lussac à Limoges (Haute-Vienne).

[…] Considérant que le lycée Gay-Lussac présente un intérêt d’histoire et d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation en raison du caractère emblématique de cet ensemble constitué d’édifices construits entre le XVIIe et le XIXe siècles,

Arrête :

Article 1er : Sont inscrites au titre des monuments historiques les parties suivantes du lycée Gay-Lussac :

  • la chapelle en totalité
  • les façades et toitures de l’aile construite au XVIIe siècle ainsi que le portail d’entrée du XVIIe siècle remonté dans le mur pignon,
  • les façades et toitures de l’aile construite au XVIIIe siècle ainsi que la cage d’escalier et le monument aux morts ,
  • les façades et toitures de l’aile dite « des sciences », construite dans les années 1930, à l’exclusion des galeries en doublage de la circulation sur cour,
  • le sol du jardin, le mur et les grilles de clôture ainsi que le portail d’entrée donnant sur le boulevard Georges Périn, […]

Consultez en ligne l’arrêté complet

En savoir plus sur la Conservation Régionale des Monuments Historiques CRMH

 

Le Populaire du Centre s’est fait le relais de l’événement dans le journal du 13 mai 2018. Lire l’article
Ils nous proposent ainsi une infographie des plus éclairantes :

Infographie Le Populaire du Centre – Centre-France – François Mercat

 

L’association des Anciens du Lycée Gay-Lussac  œuvre au quotidien pour la valorisation du patrimoine du Lycée, et pour sa préservation. Récemment, elle a financé la restauration du Monument aux Morts.

Soutenez l’association et ses actions en devenant adhérent !

 

Louis Beauduc (1903-1980), le monde vu depuis « la classe de philo »

Louis Beauduc entre à l’Ecole Normale Supérieure en 1922, dans la même « promo » que Vladimir Jankélévitch. Naît entre eux une amitié qui ne prendra fin qu’à la mort de Beauduc en 1980.

Une classe de philisophie de Louis Beauduc

Louis Beauduc entouré de ses élèves en classe de philosophie

Ils sont reçus à l’agrégation de philosophie en 1925, Jankélévitch est premier, Beauduc deuxième.

La publication récente de sa correspondance avec Jankélévitch, qui s’étale de 1923 à 1980, permet d’esquisser un portrait en creux de ce professeur de philosophie qui a fait toute sa carrière au lycée Gay-Lussac (de 1927 à 1969). Cette correspondance offre, outre le colloque privé de deux philosophes, un panorama précieux de la période et notamment de la guerre pendant laquelle Jankélévitch est destitué de son poste de professeur à la faculté de Lille en vertu du « statut des Juifs », et condamné à vivre dans la clandestinité.

Dans la pensée de Louis Beauduc, qui n’a eu d’autre œuvre que son enseignement oral de professeur, « on en revient toujours à conclure que la classe de philo serait l’unique antidote » au conformisme ambiant qu’il diagnostique à la fin des années 1970 et qui est plus que jamais le nôtre.

 

Préalablement à l’Assemblée générale et au Banquet annuel de l’Association des Anciens de Gay-Lu, le 25 novembre 2017 au Lycée, une conférence évoquera la correspondance entre Louis Beauduc et Vladimir Jankélévitch

ASSISTER A LA CONFERENCE du 25 novembre 2017

 

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Le monument aux morts du Lycée

Le monument aux morts du Lycée. Un lieu de mémoire et marque d’espérance dans la solidarité entre les générations.

Monument aux Morts du Lycée Gay-Lussac

Source : www.memorialgenweb.org – Licence d’usage CC BY-NC-SA 2.0

Edifié à l’initiative de l’Association des anciens élèves, le monument aux morts a été inauguré le 16 février 1922.

Il est placé dans le vestibule de l’entrée principale, boulevard Georges Périn. Auparavant un premier monument (aujourd’hui disparu) avait été réalisé en 1877 commémorant les noms des 19 élèves morts durant la guerre de 1870 et qui ont été repris dans l’actuel monument.

A l’occasion du 150ème anniversaire de sa création, l’association des anciens élèves et fonctionnaires du Lycée Gay-Lussac a fait restaurer le monument en 2017.

 

Le monument se compose d’un bas relief de marbre blanc, œuvre du sculpteur Pierre-Félix Masseau, dit Fix-Masseau supporté par deux consoles à denticules et sommé d’un vase/urne avec draperie. Le tympan est sculpté de feuillages en relief sortant du cadre.

La partie centrale est accostée de deux plaques de granite bleu turquin portant les morts des guerres de 1870 et 1914-1918 ; elles portent chacune une couronne de chênes accrochée à un cartouche oblong. Sous ces deux plaques ont été rapportées deux plaques de granite de même couleur sur lesquelles figurent les noms des lycéens morts durant la guerre 1939-1945. Postérieurement on été ajoutées des plaques portant les noms des morts des guerres d’Indochine, Algérie et coloniales, des élèves juifs déportés, ainsi qu’un rappel des élèves engagés dans un réseau de résistance propre au lycée, le 17ème barreau.

Le bas relief central de marbre blanc s’ordonne entre la verticalité du personnage féminin debout, la Victoire aux ailes déployées et l’horizontalité du soldat gisant à ses pieds.

Couverture du livret d'inauguration

Livret d’inauguration du Monument – Source BNF Gallica

De part et d’autre de la Victoire, comme protégés sous ses ailes, deux groupes de trois personnages : à gauche une veuve, les yeux tournés vers la Victoire, tenant son petit enfant dans les bras, tandis que son autre enfant tend ses bras vers la victoire, comme il le ferait avec son père et à droite trois jeunes – deux garçons et une fille. Les garçons sont traités comme de jeunes éphèbes nus. Le garçon du premier plan adopte une posture signifiant qu’il protège les deux autres jeunes placés en léger retrait. Le soldat au sol a son buste redressé par une femme qui oriente son visage vers la Victoire afin qu’il voit que son sacrifice n’a pas été vain. De son côté la Victoire tient dans sa main droite la palme du martyr et la couronne symbole de la victoire.

Dans un registre esthétique antique le sculpteur a voulu montrer comment la Victoire ailée récompense les morts et les vivants tout en soulignant la force de la relève, les fils remplaçant les pères, en dignes héritiers des héros antiques.

 

Fix-Masseau sculpteur (1869-1937)

Directeur de l’Ecole des Arts décoratifs de Limoges jusqu’en 1935, et conservateur du Musée Adrien-Dubouché (1907-1936), il est à la fin du XIXe siècle l’un des artistes reconnus de l’art décoratif moderne. Il crée des objets dans lesquels le fantasme et le rêve se mêlent à l’évocation de la nature. Son goût marqué pour la figure féminine associée à des motifs floraux, sa fascination pour l’insolite, son intérêt pour les objets domestiques en font l’un des représentants de l’Art nouveau mais également du symbolisme. Il est exposé au Musée d’Orsay.

Il a réalisé en 1926 le monument aux morts de l’École militaire d’infanterie de Saint-Maixent, ainsi que de nombreux masques mortuaires dont celui du romancier et académicien Paul Bourget. Il exécuta un Monument à Charles Baudelaire, érigé en 1936 dans le jardin du Luxembourg à Paris, et inauguré le 22 avril 1941.

 

Références / Sources

  • Association des anciens élèves, fonctionnaires et anciens fonctionnaires du lycée Gay-Lussac, A nos morts. Inauguration du monument commémoratif. Les Noms glorieux. Liste des souscripteurs et des anciens élèves, Limoges, Impr. Guillemot et de Lamothe, 1922.
  • Jean Orabona, Livre du centenaire de l’association des anciens élèves, fonctionnaires et anciens fonctionnaires du lycée Gay-Lussac.( 1867-1967), 1969
  • Philippe Grandcoing, Michel Kiener, Michel Métrot et Pascal Texier, “Les destins d’un lycée : Gay Lussac, Limoges”, Ed. Culture et Patrimoine en Limousin, 2011.
  • Françoise Maison Conservatrice des Antiquités et Objets d’Arts de la Haute Vienne 2017.

Plus d’informations sur les Monuments aux morts

 

Devoir de Mémoire

Le devoir de mémoire fait partie intégrante des missions de l’association. Chaque année, une commémoration a lieu au mois de novembre, par l’Association des anciens du lycée avec la participation des élèves.  A l’initiative de l’Association des Anciens de Gay-Lu, avec le soutien du Lycée, une restauration du Monument au mort a été réalisée durant l’été 2017.

 

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Ce texte est une mise à jour de celui initialement publié le 13 juillet 2017.

Rencontre de Gay-Lussac avec Pierre Bergounioux

Retour sur la Rencontre de Gay-Lussac avec Pierre Bergounioux, le 4 mai 2017 au Lycée.

Photo souvenir des rencontres de Gay-Lu

Pierre Bergounioux entouré de Laurent Bourdelas, Jean-Pierre Levet et Pierre Laumond

L’assistance était plutôt nombreuse pour la venue de Pierre Bergounioux au lycée, exactement 50 ans après qu’il y soit passé en hypokhâgne, pour préparer le concours de l’E.N.S. où il obtint son agrégation. Il y retrouva notamment son ami Pierre Laumond, avec qui il fit une partie de ses études et qui, lui-même, enseigna au lycée en classe prépa littéraire où j’eus la chance de l’avoir comme professeur de lettres modernes.

L’émotion de l’écrivain était donc grande.

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Retour sur la cérémonie hommage au Proviseur Storck

Une cérémonie pleine d’émotions.

Avec le précieux concours du CVL du Lycée, retrouvez en vidéo l’intégralité des discours prononcés lors de la cérémonie du 04 novembre en hommage à Monsieur Storck.