Une ouverture sur le monde professionnel : orientation, métiers, emploi, méthodes de travail… de précieuses informations pour réfléchir à son avenir, ses perspectives, dégoter des astuces pour mieux travailler. Articles rédigés par et pour tous, élèves actuels du Lycée Gay-Lussac, Anciens de Gay-Lu, parents, professeurs…

Une analyse politique du renouvellement sénatorial

Diplômé de Sciences Po et ancien Hypokhâgneux à Gay Lu (2013-2014), Romain Artiguebère est actuellement consultant en Affaires publiques dans un cabinet de lobbying parisien. Dans ce papier, il nous livre son analyse politique du dernier renouvellement sénatorial. Le 27 septembre dernier, à l’occasion de ce scrutin si particulier, la moitié de la Chambre haute a été pourvue pour six ans. Sous des rapports de force en apparence feutrés, se dessinent pourtant des dynamiques politiques à déceler.

 

C’est un qualificatif bien connu des étudiants de Sciences Po. Une antienne de constitutionnaliste. Un bon mot de juriste guindé. Dans les amphis de la rue Saint-Guillaume, on serine depuis longtemps la formule de Vedel aux affidés du droit : le Sénat, Chambre des territoires, fortin de stabilité rétif à l’écume du changement, serait depuis longtemps cette Assemblée du « seigle et de la châtaigne » imperméable aux alternances brutales et aux ruptures frontales. Conservateurs, les successeurs des Pairs de France le sont assurément dans le rapport qu’ils entretiennent avec leur propre institution. Pourtant, le scrutin du 27 septembre a donné à voir des bouleversements que le renforcement du groupe LR et la reconduction du président Larcher ont quelque peu masqués. Derrière l’arithmétique et l’implacable traduction des élections locales, ce scrutin doit son originalité à l’une de ses particularités : il n’aura fait que des perdants.

Hémicycle Sénat – © Jackintosh, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Le premier enseignement de ce renouvellement tient au clivage qu’il exacerbe entre les villes et les campagnes. Loin de l’instaurer, le suffrage indirect en souligne le caractère implacable et avalise l’observation de Goodhart selon laquelle les « anywhere » (en bon français, les « gens de partout » volatiles et mondialisés) s’opposent désormais aux « somewhere », ce « peuple de quelque part » attaché à la terre et résolument ancré dans une forme de continuité historique. Le seul traitement médiatique des dernières municipales aurait dû nous alerter tant il donnait à voir le fossé grandissant qui oppose désormais une certaine élite urbaine, enivrée d’un prétendu triomphe écologiste, à cette majorité silencieuse des villes moyennes, amplement acquise à la droite républicaine. Piégée par ce nouveau clivage entre le progressisme vert et le conservatisme modéré, la gauche radsoc est la première victime d’un face-à-face inévitable. Le groupe RDSE, incarnation du républicanisme débonnaire d’un Sud-Ouest rural où le clivage rebute autant qu’il désespère, voit ses garnisons sénatoriales maigrir et ses fiefs se détourner progressivement de lui. Le Tarn d’Emile Combes, jadis terre de Jaurès et de destins miniers, ne sera plus représenté que par des sénateurs du Centre. Dans le même mouvement, Gers et Tarn-et-Garonne garnissent les rangs des collectivités marquées par l’érosion du vieux radicalisme. Entre Condom et Auch, Raymond Vall s’incline ainsi devant un UDI. A Montauban, LR décroche un siège et accentue la marginalisation de Jean-Michel Baylet, baron déjà défait dans ce qui fut son fief pendant de longues années. Au cœur du Cantal jadis pompidolien, l’union de la droite balaye les forces radicales fièrement représentées par Jacques Mézard et Pierre Jarlier.

Si les conservateurs se gargarisent d’un succès attendu, vantant le gain de quatre sièges comme on triomphe d’une épopée sans faste et dépourvue d’éclat, ce scrutin sénatorial n’en est pas moins une alerte pour LR. Confinée dans sa défense des collectivités, la rue de Vaugirard s’en va garnir les rangs des chœurs décentralisateurs avec la place du colonel Fabien. A l’instar d’un PCF pourtant historiquement jacobin, le successeur du RPR reproduit les erreurs qui coutèrent tant à Robert Hue : renoncer à toute ambition nationale, au nom du rejet des frontières et de l’exaltation du local. Europhile depuis le quinquennat chiraquien, l’ex-UMP entonne désormais le seul refrain du « mouvement des terroirs », sans mesurer qu’un rassemblement voué au succès ne peut s’affaisser sur le seul velours rouge des strapontins du Luxembourg. Le pohérisation du président Larcher se traduit d’ailleurs par l’élasticité surprenante de sa majorité, laquelle dépasse l’épure de la cohérence et dilue les frontières du bon sens. Les chinoiseries politiques du Sénat donnent donc à voir des élus du MoDem, pourtant soutiens d’Emmanuel Macron, garantir la réélection de son pourfendeur au Plateau.

Les socialistes non plus n’ont pas de quoi être à la fête. Outre la perte d’une poignée de sièges, c’est la concurrence écologiste qui ne lasse pas d’interroger. Malgré les dénégations de Patrick Kanner, lequel ravive le souvenir des années Bel (2011-2014), la percée écologiste n’a rien à voir avec celle d’il y a neuf ans. A l’époque, les Verts durent leur Salut (et donc l’existence de leur groupe) aux accords négociés rue de Solferino. Martine Aubry, alors candidate aux Primaires citoyennes, eut à cœur de reproduire les contours de la « gauche plurielle » en distribuant les investitures comme autant de prébendes électorales. Le caractère composite de la gauche s’impose aujourd’hui aux mêmes socialistes, qui ne jouissent plus de leur magistère d’antan et ferraillent désormais dans leurs fiefs contre un ennemi interne. C’est ainsi que la même Martine Aubry échappa cet été à l’entreprise d’Europe Ecologie Les Verts, bien décidée à bouter l’ex-ministre hors de son Beffroi.
Peu de surprises du côté de La République en Marche, qui conserve un groupe faiblement doté en sénateurs. Il s’agissait toutefois pour le parti présidentiel du premier test au Luxembourg, le renouvellement de 2017 ayant donné à voir un recyclage d’élus PS passés sous pavillon macronien. Si l’arithmétique est aussi cruelle qu’attendue (défait aux municipales, le mouvement présidentiel ne pouvait guère escompter un triomphe), l’œcuménisme politique dont fait preuve le nouveau groupe – désormais rebaptisé RDPI, pour accueillir quelques électrons libres et libéraux- est aussi notable que factice. En exposant le ministre Lecornu dans ce scrutin pourtant feutré, l’Elysée a manifestement cherché à accompagner la mutation de l’électorat macronien, lequel se situe désormais sur un segment orléaniste de centre-droit. Cette manœuvre ne doit toutefois pas faire oublier que la plupart des sénateurs du groupe sont encore d’anciens élus de gauche, marquant là encore une rupture franche entre le dispositif politique de LaRem et la réalité sociologique de son vivier électoral.

En dépit de ces analyses, on aurait tort d’extrapoler à l’excès ce résultat biaisé par un scrutin alambiqué. Dans les départements soumis à la proportionnelle (représentés par plus de deux sénateurs), prospère le règne des partis urbains où percent les écologistes. Dans la ruralité, le maillage des édiles reconduits consacre a contrario la domination d’une droite affadie. Les enfants du Général se muent sans crier gare en héritiers du MRP. N’en déplaise au président Larcher, qui jouit d’une légitimité fort étroite, le suffrage indirect induit un cens caché qu’une unique analyse ne peut seule révéler.

Portrait : Danièle Lajoumard en questions

Lors de nombreuses réunions du Conseil d’administration des Anciens de Gay-Lu, nous avons évoqué l’idée de mettre en lumière le parcours professionnel de certains de nos “anciens” depuis leur passage à Gay-Lussac. A l’occasion de l’AG 2020 malheureusement ajournée, notre camarade Danièle Lajoumard devait donner une conférence en lien direct avec le poste d’Inspecteur Général des Finances qu’elle occupe aujourd’hui. Elle a accepté pour l’occasion de répondre à nos questions.

 

A quelle période étiez-vous à Gay-Lu ?

J’ai eu le bonheur d’être élève à Gay-Lussac dès le collège, de 1970 date de mon entrée en 4ème, jusqu’en 1975 date d’obtention du baccalauréat.

 

Vous êtes aujourd’hui Inspecteur Général des Finances, quel a été votre parcours depuis le lycée, comment s’est faite votre orientation professionnelle ?

Danièle LajoumardMême si, au lycée, j’étais une élève des classes scientifiques (à l’époque l’on parlait de la filière C), j’avais une grande passion pour des disciplines littéraires, comme le Latin, le Grec, la philosophie ou l’histoire, qui mobilisent la rigueur dans l’analyse et le raisonnement. Le Droit s’inscrivait parfaitement dans ce cadre. J’ai donc commencé des études dans cette matière à Limoges, puis à Orléans et Toulouse avant de les terminer à Paris I (Panthéon-Sorbonne) où j’ai obtenu ma maîtrise de droit public.

Pourquoi ce nomadisme universitaire ? Parce qu’ayant réussi le concours de contrôleur en 1976 puis d’inspecteur en 1977, je travaillais parallèlement dans cette belle administration des services extérieurs du Trésor, ce qui m’a conduit à être de 1979 à 1982 chef de la trésorerie de Souvigny dans l’Allier. Major du concours d’Inspecteur principal du Trésor en 1985, j’ai été affectée à la recette générale des finances de Paris, puis après un bref retour dans l’Allier, j’ai été nommée inspecteur des finances « au tour extérieur », c’est-dire sans prendre la voie classique de l’ENA. Après quatre ans de missions au sein de l’Inspection générale des finances (IGF) et un détour par Moscou pendant six mois dans le Poste économique auprès de l’Ambassade de France, j’ai été recrutée par EDF pour exercer des fonctions de direction pendant huit ans, de 1994 à 2002. Depuis lors, je suis revenue à l’IGF en tant qu’inspecteur général des finances.

 

Pour les élèves actuellement au lycée, quelques mots sur votre métier…

L’Inspection des Finances effectue des missions à la demande du ministre de l’économie et des finances ou du Premier Ministre ou d’autres autorités sur des thèmes très divers et sous des formes variées (vérification, évaluation, audit, études…). A ce titre, je participe chaque année à des missions, avec le plus souvent de jeunes camarades entrés dans ce que l’on appelle « la tournée » qui dure quatre ans, avant qu’ils ne partent pour prendre des responsabilités dans divers secteurs.

Mais les inspecteurs généraux, qui sont directement rattachés au ministre, ont d’autres fonctions qu’il leur confie. C’est ainsi que je suis également chef de la mission d’audit interne des ministères économiques et financiers, c’est-à-dire que j’organise et supervise des missions qui visent à examiner leur capacité à assumer les missions qui leur incombent. Je suis également membre de différents comités dans lesquels je représente le ministre ou l’IGF ou auxquels je participe en tant que personnalité qualifiée.

L’IGF n’a pas défini de profil type pour devenir inspecteur des finances mais elle attend de ses membres une triple exigence de service, de rigueur et d’excellence. Les qualités essentielles sont donc le goût de l’analyse, la rigueur méthodologique et déontologique, des facultés d’adaptation à des environnements divers, le goût du travail en équipe, le sens du dialogue et de l’écoute, la curiosité et l’ouverture et l’esprit de synthèse.
En fait tout ce que, dans mon souvenir, donne Gay-Lu !

 

Un souvenir marquant de vos années à Gay-Lu à partager avec les lecteurs du Mag ?

Les jours heureux n’ont pas d’histoire or le long passage à Gay-Lu est un moment particulièrement heureux grâce à des professeurs qui essayaient de transmettre le meilleur de leur savoir et d’eux-mêmes et de nous tirer vers le haut et à des camarades de classe agréables à côtoyer. Mes souvenirs sont donc moins faits d’anecdotes sur des faits saillants que de moments bénis comme ceux où notre professeur de Latin ayant terminé son cours du jour nous lisait une nouvelle de Maupassant jusqu’à la sonnerie, où notre professeure de Grec emmenait aux beaux jours ses deux seules élèves dans la cour pour réciter les verbes irréguliers sur un banc au soleil, où notre professeure de mathématique débutait son cours en posant une nouvelle fonction avec une énergie contagieuse et tant d’autres moments de grâce qui m’ont donné le goût du savoir, de la découverte, de la rigueur mais aussi des échanges humains.

 

Merci à Danièle Lajoumard de ce partage.

Danièle Lajoumard devait donner une conférence le 14 novembre à l’occasion de l’AG, malheureusement ajournée du fait des contraintes sanitaires. Nous ferons notre possible pour reprogrammer ce temps de rencontre. Merci de votre compréhension.

La nouvelle multipolarité, entre affaiblissement des logiques de blocs et régénération des nations

Actuel étudiant à Sciences Po Rennes, ancien élève d’hypokhâgne au Lycée Gay-Lussac, Romain Artiguebère met en lumière les bouleversements d’un ordre mondial marqué par l’affaiblissement des alliances traditionnelles et la mise au ban des organisations internationales. 

 

“L’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue.” La déclaration d’Angela Merkel, prononcée à l’issue du sommet de Taormina, soulève le désarroi que peuvent parfois ressentir les dirigeants les plus expérimentés de la planète. Tout à la fois concise et gorgée de dépit, cette sentence marque une prise de conscience. La chancelière est lucide quant au tournant géostratégique à l’œuvre aujourd’hui : l’évanouissement de l’ère des blocs et la fin de l’immuabilité des organisations internationales. L’OTAN, ultime vestige d’une lecture bipolaire de la diplomatie mondiale, est remise en cause par le président des Etats-Unis. Ce scénario inédit oblige les 27 à réfléchir sérieusement à l’érection d’une défense européenne indépendante. Si la déclaration d’Angela Merkel vise l’actuel locataire de la Maison-Blanche, il serait particulièrement réducteur de limiter les grands bouleversements des relations internationales à l’action d’un dirigeant élu depuis deux ans.

Carte Moyen-Orient

Une progressive recomposition des Alliances historiques

La Turquie du président Erdogan illustre à merveille la volatilité des ententes. Membre de l’OTAN depuis 1952 et fidèle alliée de Washington durant la guerre froide, Ankara semble aujourd’hui vouloir enjamber ses engagements historiques. Proche de la Russie poutinienne par intérêt, l’AKP se moque des injonctions d’une Alliance éloignée de ses préoccupations immédiates. Il s’agit avant tout, pour M. Erdogan, de panser la plaie syrienne et de limiter l’influence kurde. Pour cela, le Palais Blanc doit s’accorder avec le Kremlin, qui se veut protecteur du régime d’Assad et maître du jeu dans l’épineuse gestion d’Idlib. Cette entente Poutine-Erdogan, renforcée par une coparticipation au processus d’Astana, n’était pas une évidence au regard des tensions récurrentes entre les deux Etats, à commencer par l’assassinat d’Andreï Karlov, ambassadeur de Russie à Ankara, le 19 décembre 2016. Le gouvernement turc a également surpris en choisissant le système russe S-400 pour assurer sa défense aérienne. Deux systèmes devraient être livrés d’ici la fin de l’année, suscitant l’ire du Pentagone et l’inquiétude du patron de l’OTAN, Jens Stoltenberg. En moins d’un an, Turquie et Russie ont effacé les frictions bilatérales pour protéger leurs intérêts dans le dossier syrien.

L’élection de Donald Trump change par ailleurs la donne. Le commander in chief est régulièrement accusé de conspuer ses alliés pour mieux dialoguer avec les anciens ennemis de l’Amérique. Lors de son premier déplacement en Pologne, en juillet 2017, il a mis en exergue l’inégal investissement financier des membres de l’Alliance, opposant de facto les Etats respectant le critère des 2% et les mauvais élèves. Cette posture fragilise un peu plus l’OTAN, mettant dos à dos les “bons contributeurs” (Grèce, Estonie, Royaume-Uni) et les cancres supposés (Espagne, Allemagne ou Canada).

L’essoufflement de l’OTAN n’est pourtant pas imputable à Donald Trump. Le “pivot asiatique”, théorisé dès 2008 par le duumvirat Obama-Clinton, a marqué le désintérêt de la précédente administration américaine pour la vieille Europe. A la remorque des Etats-Unis, l’UE n’est pas devenue la grande puissance politique et militaire vantée par un ardent fédéralisme. Catherine Ashton et Frederica Mogherini ont, comme Javier Solana en son temps, incarné l’échec de l’Europe puissance sur la scène internationale.

 

La nouvelle multipolarité ou la régénération des nations dans la résolution des conflits

La fin des superpuissances, évoquée par le président Macron lors de son premier discours à l’Assemblée générale de l’ONU, semble vectrice d’opportunités pour des Etats jusqu’ici avilis par la domination américaine. Le Japon de Shinzo Abe se rêve en acteur politique doté d’une véritable armée, la Russie de Vladimir Poutine cherche à laver l’affront de la décennie Eltsine, la Turquie tourne le dos à l’UE pour s’engager dans des coopérations bilatérales de court-terme et la Chine du président Xi se mue en géant militaire.

Face à cette régénération des nations comme acteurs de premier plan de la diplomatie mondiale, UE, ONU ou Alliance atlantique ont du mal à trouver leur place. La Turquie, naguère investie dans un processus d’adhésion à l’Union européenne, semble aujourd’hui lassée par les atermoiements bruxellois. Quant à la Russie, échaudée par des sanctions européennes héritées des vieux réflexes de la guerre froide, elle se tourne vers l’Asie et entreprend un rapprochement inédit avec la Chine. Xi Jinping a même accepté la participation de 900 de ses blindés à un exercice militaire sibérien, au début du mois de septembre. Pékin et Moscou illustrent là encore le bilatéralisme à l’œuvre sur l’échiquier mondial. Les organisations internationales semblent dépassées par les initiatives individuelles, qui rappellent les jeux d’alliances ayant conduit à la Première guerre mondiale. En Syrie, c’est un triangle Moscou-Téhéran-Damas qui fait face à l’axe Washington-Tel-Aviv-Riyad, sur fond de tension croissante entre l’Iran et l’Arabie saoudite. L’Etat hébreu, pourtant théoriquement ennemi de l’Arabie des Saoud, fait fi des désaccords sur le dossier palestinien pour affaiblir le régime des mollahs. De vieilles alliances tendent également à s’étioler, voire à partir en fumée. Au Pakistan, l’élection d’Imran Khan au poste de Premier ministre risque de mettre un terme à une coopération américano-pakistanaise déjà largement réduite. Washington mise davantage sur un rapprochement avec l’Union indienne de Narendra Modi. En Afghanistan, l’Iran chiite n’hésite pas à prêter main forte aux talibans, également courtisés par une Chine désireuse de faire régner l’ordre au Xinjiang. Dans la corne de l’Afrique, c’est l’Ethiopie d’Abiy Ahmed et l’Erythrée du président Afeworki qui entreprennent un rapprochement inédit. Partout, les statu quo éclatent et des initiatives localisées prennent le pas sur les blocages d’hier.

 

Si le constat d’Angela Merkel est juste, ses conclusions la conduisent dans l’impasse. Bien que consciente d’un bouleversement patent de l’ordre mondial et de son mythe supranational, la chancelière allemande en appelle à l’Union européenne pour contrer les nouveaux jeux de puissance. Le manque d’incarnation de Bruxelles sur la scène extérieur, la fadeur de ses commissaires et l’impossible unification de diplomaties résolument nationales, laissent poindre l’échec de l’Europe politique. L’UE n’est aujourd’hui qu’un vaste marché, totalement inaudible en dehors des cénacles de l’OMC. Les conflits mettent en opposition des nations momentanément coalisées pour aboutir à la défense de leurs intérêts. Tel est le principe de la nouvelle multipolarité.

 

Cet article vous a intéressé ? Pensez à le partager avec votre entourage !

Comme Romain, si vous souhaitez partager des réflexions ou actualités avec le réseau, devenez contributeur du Mag des Anciens de Gay-Lu !

 

La Pologne, un voisin si difficile à comprendre

Ancien hypokhagneux au Lycée Gay-Lussac et actuel étudiant à Sciences Po Rennes, Romain Artiguebère nous dresse le portrait d’une Pologne complexe. Pendant près d’un an, il a vécu et travaillé chez ce “lointain voisin”, tout à la fois profondément européen et prisonnier de sa propre Histoire.

 

Drapeau Pologne

« L’intrigue se déroule en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». La sentence d’Alfred Jarry, issue de son discours prononcé le 11 décembre 1896 lors de la représentation d’Ubu Roi au Nouveau Théâtre, est piquante. Elle l’est d’autant plus lorsqu’on connait l’Histoire tourmentée de ce pays aux frontières historiquement mouvantes. La Pologne est avant tout une société faussement homogène, une culture au contenant terrestre évolutif, un assemblage de coutumes demeurées trop souvent sans port d’attache. Occulter le passé, marginaliser le poids des décennies de guerres et de luttes sur le Vieux continent, c’est nier le devenir du peuple polonais. Celui-ci, profondément lié aux temps révolus et aux vestiges du siècle passé, n’hésite pas à se livrer à une martyrologie trop souvent mortifère. La Pologne est donc un agrégat d’individualités soudées, un condensé de culture fièrement exhibée sur un territoire jalousement gardé. La nation, réalité reléguée au rang d’évidence dans nos démocraties d’Europe de l’Ouest, est le bien le plus précieux des sociétés orientales. Prenons conscience du fait qu’elles ont été délestées tardivement de la domination d’empires autocratiques. L’Allemagne nazie a détruit, l’URSS a gommé, la Pologne d’aujourd’hui veut donc s’affirmer. Curieux paradoxe que de célébrer avec tant de force la fin d’une époque douloureuse. Le culte des morts est une nécessité poussée à l’extrême dans ce pays bordé par la Baltique.

Il n’est besoin que de deux heures pour relier Paris à Varsovie. Deux petites heures d’avion et l’on découvre un fourmillement d’activités, de travaux et de chantiers dans une cité pourtant avilie par les blessures d’hier et angoissée par des menaces exagérées. La Russie fait peur, l’OTAN rassure, les Américains protègent et Bruxelles fait office de banque d’investissement pour projets patriotiques. J’ai eu l’occasion d’analyser de l’intérieur cette Pologne gorgée de paradoxes déroutants, ce pays méconnu à l’Ouest du Rhin, cette nation artificiellement célébrée. J’ai pu mesurer la complexité d’un partenaire européen dédaigné, ignoré ou détesté. Qu’en est-il réellement pour un Français vivant à Varsovie ? Quel bilan peut-on dresser d’une expérience de vie dans un Etat austère en pleine mutation ? Il n’est parfois pas nécessaire de quitter l’Europe, de s’enfermer longuement dans l’habitacle d’un puissant avion ou d’un train à grande vitesse pour sentir le poids du dépaysement, de la perte des repères et, donc, la nécessité d’adapter son quotidien à un cadre nouveau.

Lire la suite

Taxe d’apprentissage : pensez au Lycée Gay-Lussac

Anciens de Gay-Lu : contribuez à l’amélioration des conditions d’apprentissage des élèves en versant votre taxe d’apprentissage au Lycée Gay-Lussac !

Un impôt obligatoire pour les entreprises

La taxe d’apprentissage est un impôt obligatoire dû par les entreprises, destinée à favoriser le développement de l’enseignement technologique et professionnel. Mais ce n’est pas tout à fait un impôt comme les autres : l’entreprise contribuable est libre d’affecter elle-même une partie de la somme dont elle est redevable.

Taxe d'ApprentissageCette taxe est due par toute entreprise soumise à l’impôt sur le revenu ou sur les sociétés, quel que soit son statut : entreprise individuelle ou société, entreprise commerciale, industrielle ou artisanale, entrepreneur individuel, association, coopérative agricole ou groupement d’intérêt économique (GIE). Son montant est calculé sur la base des rémunérations versées. Le taux de la taxe d’apprentissage est à ce jour de 0,68 % de la masse salariale.
En savoir plus sur la Taxe d’apprentissage

Le Lycée Gay-Lussac collecteur depuis 2016

Le Lycée Gay-Lussac de Limoges est aujourd’hui habilité à percevoir la taxe d’apprentissage. En effet, le lycée dispense deux types de formations qui ouvrent droit au versement de celle-ci :

  • la filière STMG Sciences et Technologies du Management et de Gestion ouverte depuis la rentrée 2017
  • la « filière UPE2A » c’est-à-dire une unité d’accueil réservée à des élèves allophones nouvellement arrivés en France (depuis moins de deux ans), non ou très peu scolarisés antérieurement, depuis la rentrée 2016

Le versement de la taxe d’apprentissage permettrait au Lycée de développer les équipements pédagogiques à destination de ces élèves, de financer des déplacements, des sorties afin de découvrir le monde professionnel, etc.

Anciens de Gay-Lu, chefs d’entreprise, c’est à vous de jouer : pour votre taxe d’apprentissage 2017, pensez au Lycée Gay-Lussac !

NB. Au moment d’effectuer votre versement par l’intermédiaire de votre organisme collecteur au bénéfice du Lycée, prenez soin de préciser à quelle formation votre don est destiné.

Collecte de la Taxe d’Apprentissage : Lettre du Proviseur