Articles

Dans le cadre du devoir de mémoire, l’association des Anciens du Lycée Gay-Lussac rend chaque année hommage aux morts du lycée. Cette cérémonie se déroule traditionnellement au moment de l’assemblée générale annuelle, ajournée cette année pour raisons sanitaires. Nous avons tout de même tenu à maintenir, en accord avec Monsieur le proviseur du lycée Didier Leroy-Lusson ce temps de recueillement.

 

Mot de la Présidente

Je voudrais remercier Monsieur le Proviseur pour sa présence et son accueil et les Associations d’Anciens combattants ainsi que les représentants des élèves.
Cette cérémonie au monument aux morts de notre lycée est toujours un événement marquant et immuable pour notre association des Anciens de Gay-Lu. Et malgré la pandémie, nous avons souhaité avec M. le Proviseur garder ce temps du respect et du souvenir.

Le moment pour nous d’honorer la mémoire de tous ces anciens élèves, professeurs, personnels, qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la France.
Notre camarade Michel Kiener désirant intervenir pour un hommage historique, je lui cède bien volontiers la parole.

Hommage au monument aux morts du 14 novembre dernier au Lycée Gay-Lussac – Photo : Fabrice Varieras

Hommage aux morts du lycée Gay-Lussac

Nous détestons les grands mots et pourtant nous sommes là, devant ce monument aux morts comme chaque année, obstinés à rappeler qu’un peuple et une nation ont en effet une histoire, une histoire faite de grands bonheurs mais aussi de sang, de larmes et de servitude surmontés. La Grande Guerre, cette guerre effarante et grotesque au départ, a fait vivre aux combattants l’horreur absolue, au point que les survivants, face à un Arrière abreuvé de propagande grossière et de Fakenews à répétition, face à leurs familles mêmes, se sont tus au retour, comme enterrés vivants. Nous sommes là aujourd’hui pour dire, pour leur dire, que nous savons.

Didier Leroy-Lusson, proviseur du lycée et Danièle Bonneau, présidente de l’association autour de la gerbe déposée au monument le 14 novembre dernier. Photo : Fabrice Varieras

Mais nous, aujourd’hui, au nom des morts qui sont nommés ici et qui n’y sont pour rien, si j’ose dire, personnels et anciens élèves de ce lycée morts pour quoi ?, il nous faut apprendre à faire un pas de plus, apprendre à intégrer à notre récit national, et à les assumer comme tels, tous les morts liés à notre histoire, ceux qui ont fait la fortune de nos ports négriers, et ceux qu’a entraînés, si chaotique, si complexe, si riche aussi en ouvertures culturelles mais aussi en violences primaires, la conquête de notre empire colonial. Ce fut l’histoire de la France républicaine et laïque, de cet “empire de cent millions d’habitants” dont on nous ressassait jour après jour la grandeur il n’y a pas si longtemps encore, l’histoire de cette expansion coloniale qui nous vaut à la fois aujourd’hui

  • une audience à l’international dont nous mesurons mal l’importance,
  • et, sur tous les territoires de la République, la présence d’un potentiel humain – comment le dire autrement ? – d’une grande richesse, notre meilleur gage pour l’avenir. Par ce lycée sont passés tant de Portugais, de juifs étrangers, d’enfants de Pieds-noirs, de réfugiés d’Indochine et d’immigrés !

Et je le dis en n’oubliant rien – pas plus que vous – des drames et des crimes qui nous frappent et nous frapperont encore, n’en doutons pas.
Notre passé fut ainsi fait, de l’absurde des guerres, de crimes de masse et de meurtres politiques insensés, cela ne date pas d’hier. Sauf que nous existons, pays des trois mots clés – liberté, égalité, fraternité – qu’il faut faire vivre, pays d’une concorde laïque voulue et toujours à construire, pays de Marianne aux seins nus rompant les barricades et les codes, au nom de quoi sont morts nos morts de guerre et des révoltes civiles. On a quand même le droit de leur dire, une fois par an, qu’on ne les oublie pas !

En savoir plus sur le Monument aux morts du Lycée Gay-Lussac.

 

Lire la suite