Articles

« Histoire des bouchers du Château de Limoges » de Laurent Bourdelas

Notre camarade, Laurent Bourdelas, historien et écrivain passionné de l’histoire de Limoges, publie un nouvel ouvrage riche de nombreuses illustrations. « Les Bouchers du Château de Limoges » met à l’honneur l’histoire de la corporation des bouchers de la ville de Limoges, de la confrérie Saint-Aurélien, histoire également d’une rue et d’un quartier, du Moyen-Âge aux heures contemporaines : histoires, anecdotes, personnages, temps forts… 

 

Le Mot de l’Editeur

Dans cet ouvrage très richement illustré, l’auteur propose une histoire renouvelée de la corporation des bouchers du Château de Limoges, essentiellement ceux de la rue de la Boucherie. Remontant à l’Antiquité, évoquant le Moyen Âge, puis l’Ancien Régime et la période révolutionnaire, il étudie le XIXe siècle et la période contemporaine, nourrissant son travail de ceux de ses prédécesseurs, de celui des archéologues, mais également d’archives inédites, dont celles de la Confrérie Saint-Aurélien. C’est ainsi que l’on découvrira l’histoire du Cercle Saint-Aurélien, créé à la fin du XIXe siècle dans l’esprit corporatiste et chrétien cher à Albert de Mun.

Étudier cette rue emblématique de la ville de Limoges, c’est comprendre qu’elle se situe au carrefour de l’artisanat et du commerce, de la vie familiale, de l’architecture, de la religion, de la politique et de la gastronomie. C’est aussi saisir qu’elle participe de l’identité limougeaude, à tel point qu’elle a inspiré les écrivains et les poètes, mais aussi les peintres et les photographes, dont Laurent Bourdelas nous livre ici une anthologie. Le quartier a évolué au fil du temps, mais il est encore bien vivant et toujours cher à ceux qui le fréquentent, qu’ils soient de Limoges ou d’ailleurs.

 

Table des matières

  • Préface de Pierre Lamige, 1er syndic de la Confrérie Saint-Aurélien
  • La boucherie au temps des Gaulois et des Romains
  • Moyen Âge
  • Des Temps modernes au XIXe siècle
  • Dix-neuvième siècle et début du vingtième
  • Le Cercle Saint-Aurélien, entre corporatisme, religion et loisirs, de 1887 aux années 1960
  • La Confrérie Saint-Aurélien et la rue de la Boucherie des années 1960 aux années 2020
  • Une « figure obligée » : écrire sur les bouchers et leur rue
  • Peindre et photographier la Boucherie et les ostensions

Les Bouchers du Château de Limoges – Laurent Bourdelas – Editeur : Geste Editions, Collection Beau Petit Pays – Mai 2019 – 15,5 x 22 cm – 264 pages – ISBN: 979-10-353-0331-0 – Prix public : 20 €

 

Laurent BourdelasLaurent Bourdelas, écrivain, fait partie des Anciens de Gay-Lu. Impliqué dans l’association, il est notamment à l’origine de la création des Rencontres de Gay-Lussac.

 

Anciennes et anciens de Gay-Lu, vous avez vous aussi récemment publié un livre, réalisé un film ou même enregistré un album ? Faites-le nous savoir afin que nous puissions relayer l’information sur le Mag !

« Le Faubourg des diaboliques », roman de Philippe Grandcoing

Le Faubourg des diaboliques, une nouvelle enquête de l’antiquaire Hippolyte Salvignac, est signée Philippe Grandcoing, professeur agrégé d’histoire en classes préparatoires aux grandes écoles au Lycée Gay-Lussac, engagé dans l’association des Anciens de Gay-Lu. Après Le Tigre et les pilleurs de Dieu, Philippe Grandcoing signe ici un nouveau roman historique dans lequel Le Tigre se trouve confronté au trafic d’art. De Picasso à Apollinaire, une plongée au coeur du Montmartre historique.

 

Le Faubourg des diaboliquesÀ l’été 1907, Hippolyte Salvignac, antiquaire parisien, est accusé du meurtre de l’époux de son ancienne maîtresse. Afin de prouver son innocence et de disculper un ami de Picasso, il enquête au coeur des élites parisiennes, de Montmartre au faubourg aristocratique du boulevard Saint-Germain, tout en recherchant les origines familiales de son ami, l’inspecteur Jules Lerouet.

Le Mot de l’Editeur

L’antiquaire et enquêteur amateur Hippolyte Salvignac est de retour dans la France haute en couleurs de Clemenceau ! Accusé d’avoir assassiné le mari de son ancienne maîtresse, il devra batailler pour prouver son innocence, mais aussi pour disculper un ami de Picasso. Ces nouvelles aventures le mènent tout autant dans le Paris interlope de Montmartre où naît l’art du XXe siècle, qu’au coeur du faubourg aristocratique du boulevard Saint-Germain. Au fil de ses investigations où s’entremêlent la quête des origines familiales de son ami l’inspecteur Jules Lerouet et la plongée au plus profond des turpitudes des élites, il découvre également un pays aux puissants contrastes, depuis la Sologne des chaumières et des châteaux jusqu’au Midi languedocien ravagé par la crise viticole.

Alliant toujours la qualité de l’information historique et un réel sens de l’intrigue, l’auteur fait revivre un moment riche en événements, celui de l’été 1907, où se forge dans la douleur et l’exaltation la modernité du XXe siècle, celle des Demoiselles d’Avignon mais aussi celles d’une économie mondialisée et d’une démocratie aux prises avec les colères populaires. Autant de défis pour les personnages historiques croisés au fil de ces pages captivantes, de Clemenceau à Picasso, en passant par Derain et Apollinaire.

Le Faubourg des diaboliques – Éditions De Borée – Collection : Vents d’histoire – Mars 2019 – Couverture : brochée – Format : 14 cm x 22,5 cm – 336 pages – ISBN : 2812924845 – 19,90 €

 

 

Philippe GrandcoingPhilippe Grandcoing est professeur agrégé d’histoire en classes préparatoires aux grandes écoles (hypokhâgne et khâgne) au Lycée Gay-Lussac à Limoges. Spécialiste de l’histoire de la société limousine des XIXe et XXe siècles, il consacre son talent d’historien à sa région. Auteur de nombreux ouvrages historiques et universitaires, il se lance aujourd’hui dans le roman historique avec cette première enquête de l’antiquaire Hippolyte Salvignac.

Philippe Grandcoing est engagé dans l’association des Anciens de Gay-Lu, en tant que membre du Comité.

« Deux fois disparue » de Florence Levet

« Deux fois disparue » est le dernier roman de notre camarade Florence Levet. Cette ancienne du Lycée Gay-Lussac est très engagée de l’association. Juriste de formation, elle a longtemps enseigné le droit comme les langues étrangères. En marge de sa vie professionnelle, et maintenant à la retraite, elle a toujours consacré son temps libre à l’écriture. 

 

Deux fois disparue« Lorsque le présent vient ranimer la flamme du passé.

Lorsque Lise vient demander à Guillaume Veyrel de l’aider à retrouver Caroline Rénier, sa mère disparue, elle ne se doute pas qu’elle va ranimer chez lui de lointains souvenirs encore douloureux. L’aventure dans laquelle se lance alors le jeune enquêteur lui ouvre des perspectives inattendues et l’histoire dont il a vécu quinze ans auparavant les débuts va connaître de surprenants prolongements. Qu’est-ce qui l’attend au bout de sa quête ? Retrouvera-t-il Caroline ? Ou bien sa vie prendra-t-elle un nouveau tournant ? »

 

Deux fois disparue – Florence Levet – Editeur : Nombre 7 – Janvier 2019
Dos carré collé – 148×210 – 410 pages – ISBN : 2368325514 – 20 €

 

Florence LevetJuriste de formation, universitaire et mère de famille nombreuse, Florence Levet consacre ses loisirs à l’écriture et à la musique. Auteure de nombreux romans, « Une vie pour une autre » a obtenu le premier prix au Salon des Pages Libres du Limousin en 2014. Elle est engagée dans l’association des Anciens de Gay-Lu, en tant que membre du Comité.
En savoir plus sur le parcours de Florence

 

Anciennes et anciens de Gay-Lu, vous avez vous aussi récemment publié un livre, réalisé un film ou même enregistré un album ? Faites-le nous savoir afin que nous puissions relayer l’information sur le Mag !

« Roger Gonthier, un architecte singulier » de Pascal Plas

Pascal Plas, historien Limougeaud et membre de l’association des Anciens de Gay-Lu, présente son dernier ouvrage sur l’architecte Roger Gonthier (1884-1978). Paru aux éditions Lucien Souny, ce livre retrace la carrière de cet architecte, limougeaud de cœur, père de la gare de Limoges-Bénédictins et, peu avant, de la cité Beaublanc, qui s’inspire du modèle des cités-jardins. Véritable mine d’or pour tous les passionnés d’architecture, ce livre permet de redonner ses lettres de noblesse à Roger Gonthier et à son magnifique travail.

 

Roger Gonthier, un architecte singulier« Architecte diplômé par le Gouvernement, licencié en droit, chevalier de la Légion d’honneur […] dont l’activité s’est étendue à tous les domaines, bâtiments industriels, maisons de rapport, bâtiments publics, buildings, villas, parcs, urbanisme […], groupes d’habitations à bon marché en particulier à Limoges où ont été réalisées six cités (qui) représentent 1 200 logements, une superficie construite de 1 200 m2 et une dépense de 45 millions de francs […] » C’est ainsi qu’on présentait Roger Gonthier à l’issue de sa carrière. Un remarquable architecte atypique…, « notoirement méconnu », aurait ajouté Alexandre Vialatte. Le nom de Roger Gonthier, essentiellement associé à la gare des Bénédictins, est pourtant indissociable de l’histoire du logement social à Limoges dans l’entre-deux-guerres. Il construit la cité-jardin de Beaublanc, le groupe d’immeubles HBM des Coutures, les cités Ranson, Ruben, Betoulle et Thuillat, tout en menant de front une multitude d’autres chantiers. Il accorde autant de soin à édifier de prestigieux immeubles parisiens et des « palais » de bord de mer qu’à concevoir des appartements pour la frange la plus pauvre et la plus mal logée de la société. Toutes ses réalisations, y compris ses bâtiments sociaux, sont de qualité. Et cette qualité se retrouve toujours dans le parc immobilier de Limoges habitat – l’héritier de l’OPHBM né en 1920 – dont tous les logements constituent aujourd’hui à la fois des éléments patrimoniaux et des lieux de vie dynamiques en raison de leurs caractéristiques initiales de construction.

Roger Gonthier, un architecte singulier – Pascal Plat – Editeur : Lucien Souny – Le Puy Fraud – Mai 2018
Livre broché – Format : 21×27 cm – 160 pages – 22 €
Plus de détails

 

Pascal PlasAncien du Lycée Gay-Lussac, Pascal Plas est agrégé d’histoire et docteur en histoire contemporaine. Il fait ses études d’histoire à l’Université de Limoges, décrochant un doctorat d’histoire contemporaine à La Sorbonne en soutenant une thèse portant sur les avocats et barreaux en France (1997). Enseignant depuis 1985, d’abord dans des lycées de la région, il est ensuite correspondant de l’Institut d’Histoire du temps présent du CNRS. Détaché au service éducatif et scientifique du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, il met en place les dispositifs pour aider les enseignants à préparer les scolaires à la visite du village martyr. Au début des années 90, il revient sur les bancs de la faculté comme chargé de cours en histoire contemporaine. Il enseigne le droit aux étudiants de 1ère année de l’IAE et anime un séminaire sur le patrimoine mémoriel des guerres dans le cadre du Master valorisation du patrimoine à la Faculté de Lettres. Spécialiste de l’histoire de la justice et de la gestion des conflits, il dirige la Chaire d’excellence Gestion du conflit et de l’après conflit créée fin 2013 à l’initiative de la Fondation partenariale de l’Université de Limoges. Auteur de nombreux articles et ouvrages se rapportant à la Seconde Guerre mondiale dans le Centre-Ouest de la France, dont Visages de la Résistance (2005), il a organisé de multiples rencontres et journées d’étude sur la Résistance.

 

Vous êtes ancien du Lycée Gay-Lussac ? Rejoignez l’association, et partagez vos publications avec le réseau !

« Une terre de cailloux et de soleil » un roman de Florence Levet

« Une terre de cailloux et de soleil » est le seizième roman de notre camarade Florence Levet. Cette ancienne du Lycée Gay-Lussac est très engagée de l’association. Juriste de formation, elle a longtemps enseigné le droit comme les langues étrangères ; mère de famille nombreuse, elle a toujours consacré son temps libre à l’écriture.

 

Une terre de cailloux et de soleilLorsqu’elle s’était lancée à la recherche de son frère disparu, Christine Valette n’avait pas prévu qu’elle dégringolerait avec sa voiture au fond d’un ravin dans un coin reculé du Rouergue. Et si des sauveteurs se sont, par chance, aussitôt manifestés pour la recueillir, elle s’est retrouvée au sein d’une bien étrange famille… « Elle avait écrit à son père à ce sujet une lettre que celui-ci qualifiait de délirante, où il était question pêle-mêle d’un camionneur gentil qui avait perdu sa main droite dans un accident, de sa sœur belle à damner tous les saints et de ses frères rouquins, d’une maison perdue au milieu des bois qui avait été le palais d’une chanteuse espagnole dont le mari s’était pendu, d’une scierie qui imprégnait de son odeur de bois frais tous ceux qui y travaillaient, d’une grand-mère qui ne parlait qu’en espagnol à ses petits-enfants et d’une fillette qui s’appelait Jolie et qui avait des anneaux d’or aux oreilles. » Et toute l’existence de Christine s’en trouvera bouleversée.

Une terre de cailloux et de soleil – Florence Levet – Editeur : Nombre 7 – Février 2018
Livre broché – Format : 21×14,8 cm – ISBN : 2368320199 – 17 €

 

Florence LevetJuriste de formation, universitaire et mère de famille nombreuse, Florence Levet consacre ses loisirs à l’écriture et à la musique. « Une vie pour une autre » a obtenu le premier prix au Salon des Pages Libres du Limousin en 2014. Elle est engagée dans l’association des Anciens de Gay-Lu, en tant que membre du Comité.
En savoir plus sur le parcours de Florence

« Le Tigre et les pilleurs de Dieu » un roman historique de Philippe Grandcoing

Le Tigre et les pilleurs de Dieu, la première enquête de l’antiquaire Hippolyte Salvignac, est signée Philippe Grandcoing, historien spécialiste de la société limousine des XIXe et XXe siècles. Professeur agrégé d’histoire en classes préparatoires aux grandes écoles au Lycée Gay-Lussac, il est engagé dans l’association des Anciens de Gay-Lu. Auteur de nombreux ouvrages historiques et universitaires, Philippe Grandcoing signe ici son premier roman historique.

 

Le Tigre et le pilleur de Dieu

Couverture : peinture de Jean Béraud (1848-1931)

Paris, automne 1906 : la France se remet à peine de l’ouragan de l’affaire Dreyfus. La séparation de l’Église et de l’État est dans tous les esprits… Hippolyte Salvignac, modeste antiquaire parisien d’une quarantaine d’années, est recruté par Georges Clemenceau pour aider la police à pourchasser des trafiquants d’oeuvres d’art. Ces derniers pillent les trésors qui sommeillent dans les églises de campagne… Flanqué de l’inspecteur Jules Lerouet, bâtard au grand coeur, Salvignac découvre les méandres d’une situation explosive : luttes politiques, tensions diplomatiques, conflits religieux et trafics internationaux. Au fil de son enquête, il sillonnera l’Europe de la Belle Époque, de son Quercy natal à Londres en passant par les stations thermales d’Auvergne et la banlieue parisienne. Une galerie de personnages attachants, romanesques ou réels, fait de ce polar historique un livre passionnant, alors que va naître la police moderne des Brigades du Tigre. Fréquentant aussi bien les allées du pouvoir que le monde interlope des marchands d’art ou les soupentes du Quai des Orfèvres, Salvignac entraîne le lecteur dans le tourbillon des années 1900. À travers mille rebondissements se dévoile tout un monde révolu où se côtoient premières automobiles et voitures à chevaux, lampes à pétrole et ampoules électriques, une société où s’invente chaque jour la modernité du XXe siècle.

Le Tigre et les pilleurs de Dieu – Éditeur : De Borée – Collection : Vents d’histoire – Mars 2018
Couverture : brochée – Format : 14 cm x 22,5 cm – 320 pages – ISBN : 978-2-8129-2282-4 – 19,90 €

 

 

Philippe GrandcoingPhilippe Grandcoing est professeur agrégé d’histoire en classes préparatoires aux grandes écoles (hypokhâgne et khâgne) au Lycée Gay-Lussac à Limoges. Spécialiste de l’histoire de la société limousine des XIXe et XXe siècles, il consacre son talent d’historien à sa région. Auteur de nombreux ouvrages historiques et universitaires, il se lance aujourd’hui dans le roman historique avec cette première enquête de l’antiquaire Hippolyte Salvignac.

Philippe Grandcoing est engagé dans l’association des Anciens de Gay-Lu, en tant que membre du Comité.

Apologie d’une création destructrice

Article rédigé par Romain Artiguebère, nouveau contributeur au Mag des Anciens de Gay-Lu, à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Alain Robbe-Grillet, disparu le 18 février 2008.

Qu’aurait-il pensé d’un panégyrique ? La question me taraude. Quelle distinction posthume peut-on décerner à un révolutionnaire de la prose ? L’interrogation demeure insoluble. Alain Robbe-Grillet a cassé l’image d’Epinal du vieux roman balzacien, rejetant les carcans formels et s’évertuant à écrire autrement. Le personnage ? La trame ? Le sens de l’intrigue ? Fioritures ! Considérations abrutissantes ! Poussières trop souvent érigées en totems ! L’académicien inabouti, décédé avant son intronisation sous la Coupole du Collège de France, a rayé les instructions des pères fondateurs et valorisé une évidence trop longtemps reléguée au rang de futilité : l’écrit est une réalité pour elle-même.

Alain Robbe Grillet par Daniel Janin Getty Images

Il est difficile de rendre hommage à un sapeur de traditions. Je ne sais pas vraiment comment on fait l’éloge d’un destructeur de règles établies par les plus grands génies de la Littérature. J’entends Robbe-Grillet pester contre mon texte, quintessence du conventionnel, condensé de principes obsolètes. Pour contrer la critique tout en satisfaisant le lecteur désireux d’en savoir davantage sur l’inspirateur du Nouveau Roman, je procèderai en deux temps. Je me soumettrai d’abord au formalisme ambiant pour dessiner les contours d’une œuvre aujourd’hui oubliée. Le subversif a lui aussi besoin d’un éloge appuyé. Je m’engagerai enfin dans une audacieuse entreprise d’exhumation, en déterrant un style enfoui sous la médiocrité d’une littérature devenue simple objet de consommation.

Découvrir les créations d’Alain Robbe-Grillet, c’est pénétrer dans un univers qu’il faut savoir appréhender. C’est accepter d’oublier les prérequis subrepticement imposés par la doxa des mots. C’est tenter d’abandonner les jugements de valeur hérités d’un conditionnement qui rend toute contestation des formes jusque-là établies résolument absurde. Si le sujet de ce papier a toujours refusé de considérer le Nouveau Roman comme une école de pensée ou une théorie réifiée, il n’a jamais caché vouloir établir des « formes romanesques, capables d’exprimer de nouvelles relations entre l’homme et le monde ». L’œuvre est première pour ARG, « seule expression possible [du] projet » de l’auteur. J’ajouterai que le Nouveau Roman est comme une destruction travaillée, une abolition anticipée, un soulèvement dûment réfléchi. Robbe-Grillet a contesté pour bâtir la littérature de son époque et mis en perspective –au travers d’une série d’articles publiés entre 1953 et 1963- ses assauts contre les gardiens d’un temple stylistique à dépoussiérer d’urgence. Cette ambitieuse entreprise de renouvellement initiée dans les années 1950 a donné corps à un courant méconnu, balayé par la soif «d’histoires bien ficelées ». Le Nouveau Roman est comme une mine de diamants laissés bruts à dessein. Dans cette métaphore, Zola, Gide ou La Fayette ne seraient que de vulgaires joailliers destinés à magnifier un trésor utilisé comme simple moyen. Les bijoux de la plume révolutionnaire ne sont pas plus travaillés que les matières premières émergeant des entrailles de la terre. Ils sont pour eux-mêmes avant d’avoir à servir à quelque chose. Le mot doit cesser d’être ce « piège où l’écrivain enfermerait l’univers pour le livrer à la société ».

Alain Robbe Grillet parmi les auteurs du Nouveau Roman

ARG libère par l’enfermement. Bien qu’enserrés dans le boulevard circulaire de la ville fictive des Gommes ou murés dans la cité fantôme du roman éponyme, nous prenons conscience d’une réalité : les carcans d’hier emprisonnent davantage que les subtils stratagèmes du Nouveau Roman.

J’ai souvent cherché à expliquer, à combler les interrogations d’un lecteur conditionné par l’épure formelle dont il est résolument esclave. J’ai fini par comprendre qu’on ne peut juger le Nouveau Roman à l’aune de préconçus balayés par ce courant littéraire tout à la fois rafraichissant et déstabilisant. Prenez Topologie d’une cité fantôme et vous comprendrez ce que voyager sans boussole veut dire. Nul ne peut faire le procès de Robbe-Grillet avec les concepts qu’il prétend abolir. Les codes inhérents au canevas balzacien ne sont pas des dispositions suprêmes gardées par l’autorité morale qu’incarnerait l’Académie. Un fervent républicain peut-il voir son opinion légalement acceptée dans une monarchie de droit divin ? Le crime de lèse-majesté serait pour l’expression de sa pensée une disposition castratrice, obligeant de facto l’individu à sortir du cadre institutionnel pour laisser le lecteur apprécier ses propositions. Il en est de même pour Alain Robbe-Grillet, constamment attaqué par les cerbères de la vieille Académie. Le Nouveau Roman se goûte comme un met venu d’ailleurs, inconnu de notre palais trop longtemps parasité par une forme d’assuétude. Sa critique est une analyse débarrassée des a priori forgés par cette habitude érigée en maître intouchable. ARG construit la discontinuité comme le Nouveau Roman fomente les assauts d’une plume soucieuse de réorganiser l’écrit. Topologie d’une cité fantôme demeure à mes yeux la quintessence du tsunami créatif déferlant sur ce qu’il nomme les « vieux mythes de la ’’profondeur’’ ». Tous les repères chers au lecteur sont dynamités pour laisser place à l’œuvre brute, sans signification ostentatoire ni délimitation palpable. L’analyse de Sylviane Schwer est à cet égard tout à fait passionnante. Pour la mathématicienne, spécialiste de la représentation et du traitement du temps linguistique, « [il y a dans cette œuvre] une recherche systématique d’abolition de toute causalité par le moyen le plus immédiat, l’abolition de toute temporalité, en tant que structure ordonnée. Ce qui donne une impression d’indescriptible chaos ».

 

Alain Robbe Grillet jeuneL’hommage posthume est une forme d’accaparement. Les projecteurs sont braqués sur les soubresauts d’un vécu que la caste médiatique se plait à dépecer pour en extraire le suc. Robbe-Grillet mort, est-ce bien là l’intérêt d’un tel article ? Non. Jamais l’ancien académicien n’aurait toléré que l’on réduise le corpus né de sa plume à un parcours de vie. « L’artiste ne met rien au-dessus de son travail, et il s’aperçoit vite qu’il ne peut créer que pour rien », rappelle-t-il dans l’un de ses écrits. L’œuvre est semblable au corps vivant. Présente. Concrète. Palpable. Balayons la causalité, abandonnons les interrogations scientifiques et terrassons la logique pour pénétrer dans sa cité fantôme. Détruisons « l’univers des significations » pour voir dans les gestes et objets des réalités pures. Songeons aux Gommes et à l’étrange évocation de cet outil érigé en sujet. Cet infime élément n’est plus une vulgaire matière mentionnée pour exécuter la besogne d’un personnage. Elle est, par elle-même et pour elle-même. De l’aveu même de Robbe-Grillet, les « choses […] n’accepteront la tyrannie des significations qu’en apparence ». Si les objets contenus dans les cahiers de l’auteur sont en eux-mêmes une revanche sur l’homme élevé au rang de grand ordonnateur, donnons une place prépondérante aux œuvres du Nouveau Roman. Piochons dans les vieilles étagères ces bijoux bruts et durs et (re)découvrons cette littérature encore injustement décriée. L’œuvre d’art n’est en rien le laquais d’une idée ou d’un homme. C’est une réalité. Un fait. Un phare admiré pour sa forme.

 

Cet article vous a intéressé ? Pensez à le partager avec votre entourage !

 

Comme Romain, si vous souhaitez partager des réflexions ou actualités avec le réseau, devenez contributeur du Mag des Anciens de Gay-Lu !

« Une vie pour une autre » par Florence Levet

« Une vie pour une autre » est l’un des derniers romans de notre camarade Florence Levet. Cette ancienne du Lycée Gay-Lussac est juriste de formation. Mère de famille nombreuse, elle a su partager son goût du droit et des langues étrangères avec bon nombre d’étudiants. En marge de sa vie professionnelle, et maintenant à la retraite, elle a toujours consacré son temps libre à l’écriture.

 

Une vie pour une autre« Je n’ai pas de famille… Et la seule femme que j’ai aimée est morte depuis longtemps. Je m’appelle Simon Lafontaine, j’ai trente ans, je suis chauffeur routier dans l’entreprise Lavialle à Montpellier, enfin je l’étais… Je l’étais jusqu’à ce que je tombe sur une vilaine affaire et, maintenant, il ne me reste plus qu’à choisir entre me laisser tuer ou disparaître définitivement. » Ainsi pourrait se résumer la situation où se trouve Simon lorsqu’il reprend conscience dans une chambre de l’hôpital de Cahors. Jouer les amnésiques et laisser les autres régler son sort ne peut représenter qu’une issue provisoire. Mais que faire et où se réfugier quand on a tout perdu, y compris son identité ? Et si la solution était de se glisser dans la peau d’un autre ?

Une vie pour une autre – Florence Levet – Editeur : Nombre 7 – Février 2018
Livre broché – Format : 21×14,8 cm – ISBN : 2368320296 – 17 €

 

Florence LevetJuriste de formation, universitaire et mère de famille nombreuse, Florence Levet consacre ses loisirs à l’écriture et à la musique. « Une vie pour une Autre » a obtenu le premier prix au Salon des Pages Libres du Limousin en 2014. Elle est engagée dans l’association des Anciens de Gay-Lu, en tant que membre du Comité.
En savoir plus sur le parcours de Florence

« Baptiste » de Jean-Baptiste Renondin

Sortant de son Limousin natal, Baptiste part à la découverte d’un monde nouveau, un roman signé de notre camarade Jean-Baptiste Renondin, ancien du Lycée Gay-Lussac.

 

Baptiste : un roman inspiré

BaptisteCe nouveau roman de Jean-Baptiste Renondin tient du voyage initiatique. Voyage d’un jeune étudiant français dans les années 1950, un peu comme celui de Bardamu, entre les deux guerres, du Voyage au bout de la nuit de Céline. Lire la suite

Rencontre de Gay-Lussac avec Pierre Bergounioux

Retour sur la Rencontre de Gay-Lussac avec Pierre Bergounioux, le 4 mai 2017 au Lycée.

Photo souvenir des rencontres de Gay-Lu

Pierre Bergounioux entouré de Laurent Bourdelas, Jean-Pierre Levet et Pierre Laumond

L’assistance était plutôt nombreuse pour la venue de Pierre Bergounioux au lycée, exactement 50 ans après qu’il y soit passé en hypokhâgne, pour préparer le concours de l’E.N.S. où il obtint son agrégation. Il y retrouva notamment son ami Pierre Laumond, avec qui il fit une partie de ses études et qui, lui-même, enseigna au lycée en classe prépa littéraire où j’eus la chance de l’avoir comme professeur de lettres modernes.

L’émotion de l’écrivain était donc grande.

Lire la suite

Évènements

Aucune page ne correspond à votre recherche

Désolé, aucun article ne correspond à votre recherche